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Culpabilité

Pages écrites les 17, 23 et 25 janvier 2024

Partie 1

​​Sans savoir véritablement la forme que ce projet aura, il prend vie. Maman, tu verras ce sera un bel hommage, ce sera beau. Toi qui n’aimais pas trop mon style de prédilection, le fantasy, là tu vas être servie, ce sera dans l’hyper-réalité ! Je suis toute contente et cette joie me donne envie d’écrire, ce qui est rare, souvent c’est la tristesse qui est le moteur, mais c’est très bien ainsi, alors commençons ! 

***

Je crois qu’aujourd’hui (17 janvier 2024), j’ai envie d’explorer la culpabilité que j’ai ressenti afin de pouvoir m’en détacher, du moins pour un temps, parce qu’elle est vicieuse cette émotion, enfin ce ressenti. Notre cerveau trouve toujours un nouveau sujet de culpabilité. Il arrive à nous faire croire que nous aurions dû agir autrement, alors que souvent, si nous ne l’avons pas fait, ce n’est pas faute de volonté mais de capacité. 

La première vague de culpabilité que j’ai ressenti a été très rapide, le 1er décembre même, une fois le choc passé. L’image de la vague n’est pas forcément la plus à propos ; celle de la toile d’araignée me semble plus appropriée. Au centre il y a ta perte, ton départ, et mon absence, je n’étais pas là. C’est le noyau, le cœur de ce sentiment de culpabilité. Et à partir de lui, les brins de cette toile vont s'agripper à toutes ces choses que j’aurais aimé dire différemment, que j’aurais aimé vivre différemment, que j’aurais aimé pouvoir faire différemment. 

Une des premières choses à avoir été harponnée par cette araignée de la culpabilité fut donc mon absence. Je n’étais pas là, mais, en plus, je n’ai pas répondu au téléphone lorsque Papa et Sarah m’ont appelé. Lorsque j’ai pris mon téléphone ce matin-là j’avais une vingtaine d’appels en absence de leur part, de la « maison », et un de toi. Plusieurs raisons expliquent que je n’ai pas entendu les appels et que je n’ai donc pas répondu. 

Premièrement, la nuit, à partir de 23 heures, mon téléphone se met en mode nuit, et donc ne pas déranger. Vu que j’ai tendance, comme beaucoup de personne à être trop sur mon téléphone, je l’ai paramétré pour que la nuit je ne reçoive pas de notification jusqu’à 6 heures du matin. Les appels ont commencé à partir de 1h16, donc après le délai fatidique pour la machine. Cependant, j’ai eu des appels entre 6h et 7h du matin que je n’ai ni entendus, ni sentis. Parce qu’en théorie, je dors avec ma montre connectée pour vérifier la qualité de mon sommeil, et donc elle vibre. Mais là, cette nuit-là, il me semble que je ne la portais pas, que je l’avais mise à charger. 

Deuxièmement, comme depuis plusieurs mois maintenant, j’avais pris mes médicaments pour dormir. Et lorsque je les prends, si je ne fais pas de cauchemars, je dors d’un sommeil de plomb, d’un sommeil chimique. Ainsi, même si mon téléphone n’avait pas été en mode ne pas déranger, et que j’avais porté ma montre, il n’est pas sûr que j’aurais entendu les appels. Juste cela, déjà, il y a des raisons entièrement rationnelles qui expliquent pourquoi je n’ai pas répondu et pourquoi je ne devrais pas me sentir coupable. Mais la culpabilité est habile, comme une araignée. De ses pattes agiles elle va entourer les arguments rationnels de sa soie empoisonnée. Elle va susurrer à ma conscience : « tu es toujours sur ton téléphone alors quand même ! », « tu es hyper connectée, et là, que c’était important, tu étais injoignable ». Ça peut ne sembler rien, comme le fil d’une araignée. Mais en réalité c’est solide. Ça infuse et puis le reste va l’alimenter. Ce ne sont que ces premiers points d’ancrage à la toile de ma culpabilité grignotante.

Troisièmement, tout simplement, je n’étais pas là. J’étais à des kilomètres de toi, presque 600. J’étais loin de toi, loin de la famille, loin des autres. J’étais dans ma vie. Je n’étais pas à ma juste place de fille, à tes côtés. Je ne dis pas que cet argument est véridique, rationnel et représentatif de ce qu’on attend, mais je l’ai ressenti. Personne ne me l’a imposé, personne ne me l’a fait ressentir indirectement en m’incriminant. De manière rationnelle, je sais que j’étais à ma place. Je vivais ma vie, qui est, dans les faits, à des kilomètres, et c’est normal en soi. Le fait que j’ai conscience de cette normalité, de manière entièrement rationnelle, lorsque j’utilise mon intellect ne veut pas dire qu’émotionnellement je l’ai admis, au contraire. C’est là toute la puissance de la culpabilité. Je sais que je n’ai rien à me reprocher, en soi, et que rien ne m’a été reproché, mais il n’en demeure pas moins que JE m’en suis voulu de ne pas avoir été là, physiquement, à une promiscuité qui m’aurait permis d’être là dans les 30 minutes à partir de l’appel de Sarah, aller, dans l’heure, voire les deux heures maximums. Même si j’avais répondu de suite je n’aurais pas pu être auprès de toi de suite. Et ça c’est un point d’ancrage très fort pour ma petite araignée. 

Quatrièmement, je n’ai pu arriver que le samedi. Ici l'araignée de la culpabilité commence à nous montrer toute sa subtilité. Elle s'appuie sur le fait que j’étais loin et elle est insidieuse, ainsi on s'aperçoit comment tout est lié. Je suis donc arrivée à Montauban le samedi. Cette journée du 1er décembre n’a pas vraiment connu de début et de fin. Parfois j’ai l’impression que malgré le temps qui passe, les jours, les semaines et même les mois, le temps s’est arrêté ce jour-là, mais c’est un autre sujet. 

Je ne remercierai jamais assez les gens qui ont eu un rôle essentiel dans cette journée relativement à « mon rapatriement ». Tout d’abord à ceux qui ont pensé avant moi,  à maintenir ma propre vie. Car quand j’ai eu l’appel de Sarah ma première pensée a été « il faut que je parte, que je rentre ». Si j’avais été seule, chez moi, je prenais deux, trois vêtements, Athéna et Simba et je partais. Je pense que je prenais le volant dans l’heure, je faisais la route et je débarquais, ou pas d’ailleurs, ou dans quel état. 

Mais j’étais chez Fannie, et heureusement. Heureusement qu’elle a été là, qu’elle m’a empêchée de prendre le volant, qu’elle m’a raisonnée. Elle a été d’une patience d’ange avec moi afin de trouver LA solution qui me permette de répondre à tous mes besoins le plus rapidement possible. Elle a tout organisé. Elle a pris le relais avec Flo et Aurore pour que je puisse descendre avec les deux chats. Donc milles mercis Fannie. Et milles mercis à Aurore, ma Darling, qui a fait l’aller-retour jusqu’à Malesherbes en moins de 20 heures afin de me permettre d’être le plus tôt possible à Montauban et qui a n’a pas véritablement dormi avant de faire le retour. Sans vous, je ne sais tout simplement pas comment j’aurais pu traverser cette journée et je n’ose l’imaginer. Mes mots ne suffiront jamais, je crois, à exprimer la reconnaissance que j’ai pour elles. Et les propos qui vont suivre n’ont pas pour but de les nuancer, mais au contraire, de les éclairer. 

La suite la semaine prochaine ....

Partie 2

Je m’en suis voulu d’être une telle charge pour tout le monde, de ne pas pouvoir me débrouiller seule pour être là le plus rapidement pour toi, pour Sarah, pour Papa et pour Raphaël. J’ai imposé à Fannie de faire trois heures de route, avec sa petite puce, pour me ramener sur Malesherbes parce que je ne voulais pas partir sans les chats. J’ai imposé à Aurore de monter à Malesherbes, de faire la route de nuit, en ne prenant pas véritablement de repos. Tout ça parce que je voulais descendre avec mes chats, que je ne voulais pas prendre les transports en commun. 

Je sais pertinemment qu’elles l’ont fait de « bon cœur », je pense pouvoir dire qu’elles ne l’ont pas vécu comme une contrainte majeure. Et c’est là, encore, toute la magie, la puissance de ce sentiment de culpabilité, je m’en suis voulu, sur le coup, mais surtout après, d’avoir demandé tant, d’avoir exigé tant, et d’avoir obtenu tant. J’ai conscience que c’est l’une des plus belles preuves qu’elles m’ont offertes de leur amitié. Néanmoins cela ne m’a pas empêché de m’en vouloir, d’en avoir demandé trop, d’avoir été un poids, une contrainte et de ne pas avoir pu me débrouiller sans les déranger. 

La petite araignée a, ici, fait un joli nœud dans mes émotions. Elle s’est servie de la reconnaissance et de la gratitude illimitées que j’ai pour elles pour tisser un fil solide à sa toile. Encore une fois j’ai été un poids, je n’ai pas su être là pour les gens. Ce sont eux qui ont été là pour moi. Je n’ai pas su être là pour celle qui avait toujours été là pour moi, celle qui m’a appris à être indépendante, et j’ai dû m’imposer à mes amies. 

En écrivant ces mots je m’aperçois de la dichotomie de la situation. Elle est la parfaite illustration qu’en réalité notre vie n’est qu’une question de perception. Si je regarde les évènements au travers de la toile d’araignée de la culpabilité, je vois que j’ai été un poids, une contrainte pour mes amies, que je n’ai pas su gérer les choses de manière autonome. Alors que si je regarde avec plus de bienveillance, je vois que j’ai su demander de l’aide aux bonnes personnes, qu’elles ont été là pour moi, véritablement. Elles m’ont démontré, encore une fois, qu’elles étaient de véritables amies. Je vois que notre amitié, notre affection m’ont permis de traverser cette journée inimaginable. Que j’ai appris à demander et à recevoir de l’aide, de la bonne aide, même si la réception reste encore à travailler. Au final la fameuse expression « prendre du recul » fait sens ici. Lorsque je regarde la situation de plus loin, de manière plus détachée, je m’aperçois que dans ce qui, pour moi, était source de culpabilité, en réalité il y a les bourgeons de ma joie d’aujourd’hui et de demain. Elles ont été là et elles le seront toujours. 

 

Toutefois la culpabilité ne s’est pas arrêtée là. Elle a trouvé d’autres points d’attaches par rapport à ce que j’ai pu dire, faire ou ressentir. Lorsque j’ai eu Sarah au téléphone la première chose que j’ai dite, après avoir hurlé, c’est « C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’elle a fait ?!! ». Maman, si tu savais à quel point je m’en veux ! Je m’en veux d’avoir pensé directement que tu avais choisi de partir. Mais surtout je m’en veux que cela ait été ma première réaction, que ce soit la première chose que j’ai dite à Sarah. Il me semble en avoir parlé assez rapidement avec elle, justement parce que je sentais le venin de ce crochet de l’araignée qui se plantait dans mon esprit. Il me semble qu’elle m’a dit qu’elle ne s’en souvenait pas et que du coup elle ne m’en voulait pas. Au final, lorsque je parle avec les gens, ceux qui te connaissent réellement, nous y avons tous pensé. La logique voudrait alors que je me dise que c’est normal. Que cette idée m’ait traversé la tête n’est pas grave en soi, ni problématique. Mais les idées ne me traversent pas, surtout lorsque l’araignée de la culpabilité est là à guetter. Elle l’a attrapée et attachée en moi. Ce qui aurait pu être un simple nuage blanc est devenu un nuage gris qui a du mal à quitter le ciel de mes pensées. L’araignée a aimé jouer,  avec en plus, pour me faire voir tout un arc-en-ciel de possibilité et de questionnement sans réponse. Comment pouvais-je avoir pensé cela ? N’avais-je pas honte d’avoir cru que tu aurais pu choisir de partir ? Est-ce que je te pensais si « faible », si « fragile » ? Toi qui t'es toujours battue dans l’ombre, sous nos yeux sans qu’on sache le voir, la manière que j’avais de t'honorer a été de croire que tu avais choisi de partir. 

Ce n’est pas la seule fois où j’ai ressenti de la culpabilité envers Sarah. Je me sens coupable du fait qu’elle ait dû voir des choses qu’elle n’aurait pas dû voir, qu’elle ait dû faire des choses qu’elle n’aurait pas dû faire, qu’elle ait dû vivre des choses qu’elle n’aurait pas dû vivre. Et plus encore, de ne pas être capable de l’écouter réellement lorsqu’elle en a besoin. Je m’explique. C’était elle qui était présente ce soir-là. C’est elle, qui avec Papa, a fait les gestes de premiers secours, alors que tu étais déjà partie. Elle t’a vu, morte, dans ton lit. Elle n’aurait pas dû voir cela. Ce n’est pas normal. Elle a dû entendre les pompiers dire que c’était fini, et voir les pompes funèbres prendre ton corps. Elle n’aurait pas dû vivre tout cela. Pourquoi ? Parce que c’est ma petite sœur, et que mon rôle est de la protéger. Je suis sa grande sœur. Ma mission a toujours été, et sera toujours, de la protéger, autant que faire se peut, des coups durs de la vie. Ce n’est peut-être pas le rôle d’une grande sœur mais c’est comme cela que je le vis, moi. Sarah est le premier amour de ma vie et je dois la préserver, coûte que coûte, quelles que soient les circonstances, quels que soient les événements. Et là, je n’ai pas pu. 

Je sais très bien que ce besoin de protection envers elle peut sembler disproportionné ; d’ailleurs tu me disais que j’étais trop investie dans cette relation. Je sais aussi très bien qu’elle n’a pas besoin de moi, qu’elle est assez forte pour affronter la vie. Elle a connu des difficultés et elle s’en est toujours sortie seule, car elle est ainsi, forte et indépendante. J’ai conscience que ces dernières années c’est elle qui me donne la force, que c’est moi qui puise, dans son amour pour moi, de la force car je sais qu’elle, elle, sera inconditionnellement dans ma vie, comme je le serais dans la sienne. Sarah est mon étoile du soir, elle est ma Vénus, la première étoile à éclairer mon ciel lorsque la lumière de mon soleil s’assombrit. Et donc, naturellement, ma petite araignée a trouvé là de quoi agrandir sa toile et la solidifier. 

Ce d’autant que, quand elle a voulu me parler, alors que je lui avais dit que j’étais là si elle avait besoin, je lui ai dit qu’il fallait qu’elle me prévienne. Je n’ai qu’une vague idée de la nuit qu’elle a dû vivre avec Papa. Leurs récits, à l’un et l’autre, ne sont que des résumés, souvent factuels, de cette nuit. Donc je ne sais pas précisément, réellement, véridiquement ce qui s’est passé et comment cela s’est passé. Tout ça, je ne pourrais que l’entendre et je voulais être à la hauteur, être une oreille à l’écoute et attentive. A la fois présente sans être oppressante, comme je peux l’être parfois. Je voulais être là pour elle, comme elle était pour moi. Et je crois que l’on peut dire que j'ai lamentablement échoué. Elle a été là pour moi, à accepter que nous dormions à trois dans ma chambre pour que je ne sois pas seule, à me faire des câlins alors qu’elle n’aime pas ça. Et lorsqu’elle a voulu me raconter un peu plus précisément ce qu’elle avait vu, ce qu’elle avait vécu, je lui ai dit qu’il fallait qu’elle me prévienne pour que je puisse me préparer psychologiquement. Non mais ! l’abus ! Est-ce qu’elle a eu droit à un avertissement de la vie pour se préparer psychologiquement ? NON ! Et moi, au lieu d’accueillir sa parole, d’être là pour elle comme elle l’a été pour moi, je lui dis quoi, « préviens-moi avant pour que je me prépare ». La bonne blague. Et le plus « drôle » dans tout cela c’est que je crois qu’elle le comprend, qu’elle ne m’en veut pas, et que presque une part d’elle se dit, que je pose enfin mes limites (ceci n’est que pure supposition de ma part, et un ressenti, non la vérité). Cette bienveillance dont elle fait preuve, et bien vous vous en doutez à présent je pense, la petite araignée de la culpabilité elle s'en réjouit. “Déjà que tu n’as pas été là pour ta mère, maintenant tu n’es pas là pour ta sœur !! Vraiment paie la grande sœur aimante et aidante qu’elle a…!!! Tu n’arrives même pas à être présente pour l’amour de ta vie, alors finalement, heureusement qu’il n’y a pas de véritable « amour » dans ta vie. Tu ne mérites pas tout cela, cette bienveillance, ce soutien vu que tu n’es même pas capable d’être là pour une des personnes les plus importantes pour toi”. 

En écrivant ces lignes une tension naît et se dissout en même temps. Car je pense réellement ces choses, ces pensées dures et dévalorisantes à mon égard résonnent en moi. En les couchant ainsi j’arrive à les mettre à distance, à les regarder d’un autre point de vue et à me dire stop. Ce n’est pas vrai. Tu as été là, tu l’as écoutée, peut-être pas comme tu pensais pouvoir le faire, mais tu as été là. Tu as fait de ton mieux sur le moment. Mais cette bienveillance envers moi a du mal à prendre consistance. Je dois sans cesse me rappeler qu’elle s’applique aussi bien aux autres qu’à moi, surtout lorsqu’il semble plus facile de se fustiger afin d’expier des fautes vraies ou imaginaires. 

La suite la semaine prochaine ....

Partie 3 

Sarah n’est pas la seule envers qui je ressens de la culpabilité. Je culpabilise également à l’égard de Papa, de Raphaël et de Flo. Tout d’abord par rapport à Flo, j’ai culpabilisé car c’est elle qui a dû s'occuper de tout avec les pompes funèbres le vendredi. A peine elle valide sa formation de conseillère funéraire que toi, tu lui fais une mise en pratique ! Tu noteras le comique de la chose j’en suis sûre. Pour en revenir à notre sujet, vu que je n’étais pas là, Papa s’est appuyé sur elle. De fait, je ne sais pas exactement comment tout c’est déroulé mais d’après ce que j’ai pu avoir comme retour, il attendait l’accord de Flo pour plein des choses. Elle a pris soin d’eux pendant que je n’étais pas là alors qu’elle avait ses propres problèmes à gérer. Et là, encore une fois, tout est une question de perception, si je regarde au travers du prisme tissé par la petite araignée de la culpabilité, je me dis qu’on lui en a trop demandé, que ce n’était pas son rôle. Si je regarde avec le cœur, je vois qu'elle m’a prouvé, encore une fois, qu’elle était une amie inestimable, qu'à elle aussi, je n’aurais pas assez d’une vie pour l’en remercier. 

Ce d’autant qu’elle a été là, qu’elle est là comme personne. Elle supporte tous mes changements d’humeur, mes SMS incessants et mes appels à des heures impensables, tous mes questionnements interminables, toutes mes conneries avec les mecs. Elle fait des aller-retours Montauban-Malesherbes sur le week-end, elle aussi. Elle sait tout de moi, je crois, et pourtant elle est là, toujours, tel mon roc. Elle me secoue quand j’en ai besoin, et avec elle c’est toujours le « bon » moment. Elle me guide vers une prise de conscience. Et elle me fait des câlins quand j’en ai vraiment besoin alors qu’en digne petit hérisson qu’elle est, elle n’aime pas ça. Elle est ma Floflo.

Et étrangement, la petite araignée n’arrive pas à s’emparer de cela. Elle m’a donnée énormément, et je ne culpabilise pas. J’accepte ce don. Peut-être est-ce parce que je sais que je donnerai autant pour elle, que je suis prête à faire pareil pour elle ? Peut-être est-ce parce que je sais qu’elle le fait car elle en a envie, qu’elle ne se sent pas obligée, et qu’avec elle j’ai passé un autre stade relationnel ? Je ne saurais dire, sûrement un mélange de tout. Tout simplement elle est elle, et je suis moi, et nous étions faites pour être amies tout simplement, pour être sœurs. 

 

Ensuite, ma culpabilité par rapport à Raphaël et Papa, et pour l’idée que je vais développer je peux y inclure Sarah aussi. Je les ai laissés seuls. Cet aspect de ma culpabilité est relativement sournois. Le premier point d'ancrage pour la toile de l’araignée, se trouve le vendredi 1er décembre. Du fait de mon absence, encore elle, je les ai laissés seuls pour les premiers choix. Les plus durs, les plus inconcevables. Je n’ai pas eu à prendre de décision, j’avais juste à me laisser porter vu que j’étais loin. Je n’ai pas été confrontée à la réalité brute de devoir te choisir une tenue, un cercueil, le revêtement du cercueil, le signe et la gravure sur le couvercle du cercueil, et enfin je n’ai pas eu à choisir ton urne. Je ne pense pas que l’un d’eux m’en veuille, en tout cas je ne l’ai jamais ressenti. Mais ma petite araignée est forte, elle a une voix digne des sirènes d’Ulysse : « Tu as pu t’accorder une journée, loin, pour pleurer. Tu avais dit que tu serais forte après, que tu serais là pour eux, et regardes, même ça tu n’as pas réussi, tu as craqué ». « Et tu es partie ! » « Tu es rentrée chez toi, même toi tu n’es pas restée quand débute la phase la plus compliquée. Tu as fui, tu es repartie dans le nord ». Et voilà ; ce petit germe qu’elle a fait naître et auquel, par la même, elle s’y est arrimé : je les ai abandonnés, je suis rentrée chez moi ! 

De manière rationnelle, encore, cette culpabilité peut être démontée. Je ne pouvais pas être là, point. Et une fois que j’ai été là, j’ai été présente, voire un peu trop. J’ai essayé d’être là pour eux. Mais en effet j’ai craqué, ça aussi d’ailleurs cela m’a fait un peu culpabiliser, moins cependant que le reste. J’ai pris plein de choses en charge, parce que c’est dans ma nature et parce que j’en avais besoin. Même si parfois, cela m’a rendu peut-être envahissante, aucun ne me l’a reproché, et je pense que cela leur a fait une sorte de transition vu que j’agissais comme toi : une liste de tout ce qu’il y avait à faire, qui était là à quel repas, j’anticipais les repas et les courses, j’essayais de tout prévoir, pour tout le monde, à chaque moment.  

 

C’est ainsi que la petite araignée a été habile et a créé véritablement une jolie toile. Tout ce que j’ai fait pour me faire « pardonner » auprès d’eux, du fait de l'absence, ensuite je m’en suis voulu. Pourquoi ? Car j’agissais comme toi… « Hum en fait, tu veux la remplacer ? » « Tu agis comme elle, tu dis que c’est pour eux, mais c’est toi qui veux la remplacer ». Quel tour de passe-passe non ? Ce que je faisais pour les autres j’allais après m’en vouloir parce que je me suis dit que les gens allaient penser que je voulais te remplacer. Alors que non, j’ai juste été celle que tu as faite de moi : une mini toi qui gère et organise pour avoir le sentiment d’être utile et que sa place à une raison d’être vue qu’elle « sert » à quelque chose. Qu’est-ce qu’elle est douée cette araignée !

***
 

Pourquoi ai-je eu envie d’écrire ce texte sur la culpabilité ? Même si elle est compliquée à vivre, elle est facile à expliquer. Et, parce que c’est celle que j’ai affrontée réellement, en premier,  elle a continué à trouver des ramifications bien après le cœur des évènements. Lorsque l’idée de ce texte m'est venue, cela faisait 1 mois et demi que tu étais partie. Et ça n’allait pas ! Un savant mélange entre volonté et capacité. Nous avons fêté Noël malgré tout. J’ai eu la chance d’avoir mes trois filleuls avec moi. J’ai été heureuse. Nous avons fêté le Nouvel An. La soirée était très cool. J’étais heureuse de rentrer chez moi. Tous ces moments de joie, chaque éclat de rire que j’ai pu avoir a été un ancrage pour l’araignée de la culpabilité. Comment osais-je être joyeuse alors que je t’avais perdue ? Comment pouvais-je rire ? Cela ne faisait pas « assez » longtemps. J’avais cette impression que si j’étais heureuse, ne serait-ce qu’un peu, cela voulait dire que mon processus de deuil était fini. Et ça, je m’en voulais ! Comment pouvais-je ? 

Alors je devais me punir. Je n’ai pas eu à faire beaucoup d'efforts pour cela. Car une fois que j'étais chez moi, que la maison était rangée, que j’avais pris les deux, trois décisions que je pensais devoir prendre, plus rien. Plus de son et plus d’image. Je n’avais plus envie de rien, un rien me fatiguait, la moindre chose était un effort. Les envies passaient tels des nuages dans un ciel d’été, fugacement. J’avais envie d’un café, je le faisais couler, une fois qu’il était prêt, je n’avais plus envie de le boire. J’étais au cœur d’une tornade d’émotions avec la seule idée qu’il était inconcevable que je puisse déjà ressentir de la joie. Et je ne voulais pas ! Je voulais être triste, je voulais te pleurer encore et encore. Crier au monde entier, à l’univers, à toi, ma tristesse, mon incompréhension. Je devais alimenter cette tristesse. Dès que je m’en éloignait trop j’étais perdue. Il était normal que je sois triste car les autres émotions n’avaient pas voix au chapitre. Cependant je n’arrivais plus à pleurer. A manger, oui très bien, mais plus à pleurer. Rien ne sortait. 

Lorsque je me disais, allez fait un effort et que je n’avais pas envie, et bien je culpabilisais parce que cela ne te rendait pas hommage. Cela ne rend pas hommage à la force dont tu as pu faire preuve. Mais d’un autre côté, une part de moi se disait « elle, elle, comprend ». Je me rappelle, lorsque cet été  lors d’une discussion, tu m’as dit qu’on ne se comprenait pas toujours parce que ma réaction à la tristesse est le mouvement alors que toi c’était l’immobilité. Que lorsque cela n’allait pas, tu voulais juste qu’on te laisse dans ton coin de canapé avec ta couverture et ta télé afin d’essayer de disparaître à l’intérieur du canapé. Finalement, moi je voulais juste rester sous ma couette, rester dans mon lit et faire comme toi, disparaître afin de te retrouver. En réalité tu es toujours avec moi maintenant, tout le temps.

 

***

Aujourd’hui, le 25 janvier 2024, cela va mieux, la toile de l’araignée a reculée. J’ai fait le ménage dans mes émotions. Je les mets à distance. Le deuil n’est pas une ligne droite. C’est un chemin qui implique de faire des détours, des retours en arrière car il est comme la vie, fait de haut et de bas. Je ne suis pas une émotion. Je suis ton boudoudou qui ressent  pleins d’émotions, trop ? Peut-être. Entre les émotions et les pensées, mon corps ne sait pas souffler. Il vit chacune d’elles comme s’il était elles, comme si c’était cela qui le définissait. De sorte qu'une émotion qui devrait passer, s’enracine et grandit jusqu’à presque devenir un morceau de mon identité. Mais finalement qui suis-je sans toi ? Qui suis-je si tu n’es plus là ? 

Spiritualité 

Pages écrites les 03 et 04 février 2024

Partie 1

Il y a quelque temps j’ai commencé un nouveau suivi avec une naturopathe. Durant le burn-out je me suis ouverte à d’autres techniques de soin. J’ai toujours eu un fort côté spirituel. Lorsque l 'on sait que j’ai grandi dans une famille chrétienne et pratiquante cela peut paraître assez étrange. Mais, en réalité, je n’ai jamais su, et je pense que je ne saurais jamais, apporter une réponse catégorique à ma foi. Je suis persuadée qu’il y a quelque chose de plus grand que nous, et que la science ne peut expliquer tous les phénomènes de manière rationnelle quel que soit notre niveau de connaissance et de technologie. ​Être dans une église me procure toujours un certain sentiment d’apaisement.

 

Toutefois j’ai de plus en plus de mal avec le discours trop intégriste et dogmatique à mes yeux. Lors du départ de maman il était important pour moi de participer à la préparation de la messe, de faire le bouquet afin de lui rendre hommage puisqu’elle a fait de l’art floral pour la paroisse durant de longues années. Parler avec le diacre, être entourée de personnes la connaissant et partageant les mêmes croyances et les mêmes valeurs m’a fait du bien.

Néanmoins, à titre personnel, c’est dans la figure helléniste d’Athéna que j’ai trouvé un réel réconfort. J’ai toujours été attirée par cette déesse de la mythologie grecque. Mais je ne saurais pas dire quand est-ce que cela a commencé. Il me semble que ça remonte à la première fois que je l’ai vue à l’école primaire. J’ai toujours été fascinée par les histoires, surtout lorsque les gentils gagnent contre les méchants, en digne enfant bercée par les valeurs judéo-chrétiennes et républicaines enrobées dans les Disney. Or, la mythologie, notamment grecque, est un ensemble d’histoires, toutes plus rocambolesques les unes que les autres, où, au final, ce sont les gentils, les héros, qui gagnent, alors même qu’ils combattent seuls des dieux ou des monstres. (Alors ils n’y arrivent pas seuls, mais ils y arrivent).

Dans tous ces récits, Athéna a toujours attiré mon attention d’une manière particulière. Déesse de la sagesse, comme mon prénom, peut-être que cela a joué, inconsciemment. Il n’en demeure pas moins que mon attirance vers cette incarnation de la force et de la féminité n’a cessé de s'accroître avec le temps, comme en témoigne le choix du prénom de mon premier chat, Athéna. J’hésitais entre Luciole et Athéna. Lorsque je l’ai récupérée de la SPA, elle était amaigrie et ne faisait que 2kg4. Ce qui était marquant, c'était ses grands yeux verts qui me faisaient penser à des lucioles. Mais lorsque je suis rentrée dans la salle de bain où je l’avais enfermée à notre retour du refuge, c’est Athéna qui est sortie de ma bouche alors que je pensais réellement que j’allais choisir Luciole. Le « destin » avait décidé que cela serait ma première vraie connexion avec la déesse Athéna, avec ma déesse.

 

L’année 2023 a été compliquée pour moi. J’ai fait un burn-out qui a été provoqué par un énième chagrin amoureux. Tout au long de ces longs mois d’arrêt j’ai énormément travaillé sur moi. J’ai cherché à mieux me connaître, à écouter mes besoins. J’ai été accompagnée par un psychiatre et une psychologue dans ce travail d’introspection et de découverte de soi. Il y a des périodes où cela a été très compliqué. J’avais l’impression de me perdre, de ne plus savoir qui j’étais, si jamais un jour je ne l’avais su. Mais au cours de ces mois, je me suis rendue compte que toute la spiritualité ancestrale me faisait du bien. Je me suis remise à écrire dans mon univers de prédilection, le fantasy, de manière sérieuse.

J’ai donc fait des recherches, notamment sur la mythologie, le fait religieux dans les différentes sociétés humaines et sur des spiritualités autres que la foi judéo-chrétienne. Ce travail de recherche doublé d’une occupation autre, les podcasts de philosophie, m’ont conduit à envisager la vie autrement. C’est un chemin d’auto-construction. Ce n’est pas une autoroute bien rectiligne de notre naissance à notre mort. C’est un chemin, parfois bien balisé, parfois tortueux où il faut revenir sur ses pas pour continuer parce qu’un arbre est tombé. Ce détour peut nous conduire à admirer des paysages d’une beauté insoupçonnée. Le bonheur n’est pas dans l’horizon, il est dans la contemplation des ces moments de vie.

 

J’ai toujours été attirée par la « sorcellerie », par la magie. J’aimais l’idée qu’il y avait quelque chose de plus. Les univers empreints de magie m’ont toujours fascinés et attirés. Mais en même temps mon côté rationnel et cartésien estimait que ce n’était que dans les livres, dans les histoires. Je tirais cependant les cartes, et utilisais les pierres, notamment ma pierre de lune, comme protection. Toutefois je n’arrivais pas réellement à me connecter à cela. Et au fil de ces mois d’arrêt, isolée, obligée d’apprendre à me connaître, moi, réellement, à essayer de devenir ma meilleure amie, à découvrir ce qui me faisait du bien. Je me suis aperçue que c’était dans tous ces récits païens que je trouvais de la sérénité.

Je me sentais toujours mieux lorsque j’étais dehors, au soleil et que j’avais été en contact avec la nature, que ce soit suite à une balade en forêt ou juste allongée dans l’herbe. Découvrir des explications autres au phénomène de la nature et parfois se dire que ce qui est beau c’est qu’au final cela reste un mystère. Je me suis donc mise à tirer les cartes plus souvent, à essayer diverses techniques, à plus écouter mes ressentis.

En me retirant du monde, en n’étant plus en contact permanent avec les autres, je pouvais me découvrir et me concentrer sur ce qu’il se passait en moi, être à l’écoute de mes ressentis, notamment énergétiques. Ce retrait m’a été bénéfique puisque j’ai réussi à me connecter à distance à certaines personnes afin de leur faire un tirage. En apprenant à m’écouter j’ai appris à mieux écouter mon environnement.

Sarah a toujours été plus « sorcière » que moi, je pense. Elle est plus libre, plus authentique. Son parcours dans cette voie est plus avancé que le mien. Et j’adore cela. J’adore que maintenant ça soit elle qui m’apprenne des choses.

Ainsi nous avons parlé de nos ressentis. Et une nuit, nous avons eu une discussion sur nos croyances. Je lui ai dit que je ne savais pas si je croyais en quelque chose ou pas. Je lui ai alors demandé comment elle avait su que ses divinités étaient Aphrodite et Lilith. Elle m’a expliqué ce qu’elle ressentait, dans son corps, au niveau de ses énergies et de son magnétisme lorsqu’elle pensait à l’une d’elle.

Sarah n’aime pas la déesse Athéna, et c’est d’autant plus important que ce soit ses mots qui m’aient fait prendre conscience de la connexion que moi j’avais avec elle. Elle m’a dit que lorsqu’elle parlait d’elle, surtout en ma présence, elle ressentait, justement, une forte présence, pesante et oppressante. Il est vrai que lorsque je parle d’Athéna je me sens toujours protégée, comme si j’avais une armure. Pour la déesse de la guerre stratégique c’est plutôt logique me direz-vous. Mais je ne l’avais jamais conscientisé, notamment parce que je n’écoutais pas les réactions de mon corps.

Lorsque je suis rentrée chez moi, je me suis mise à tirer les cartes sous la protection d’Athéna, en lui demandant le message que je devais recevoir, force est de constater que les tirages étaient plus précis. Tout cela s’est alimenté avec les nouvelles croyances que j’ai pu acquérir ou qui se sont renforcées.

 

J’ai toujours été fascinée par la force de la loi de l’attraction. Selon cette loi, on attire tout ce qui nous arrive, l’univers répond à nos souhaits conscients ou inconscients. Une des meilleures illustrations c’est quand vous vous dites je ne veux surtout pas ça et à tous les coups cela arrive. Par exemple, au lycée, durant les deux mois des vacances d’été je me suis dit je ne veux pas tel professeur cette année. Je vous le donne en mille, je l’ai eu, bien évidemment.

Alors il est possible de se dire que c’est le hasard et que ce n’est pas de chance. Ou même de le voir simplement comme un fait, qu’il n’a aucune raison propre. Si vous vous dites je ne vais pas trouver de place, je vais être en retard, à tous les coups cela va se réaliser. Personnellement je trouve toujours une place pour garer ma voiture. J’ai développé cette capacité depuis quelques années. Je ne me pose pas de question, je sais que je vais trouver une place, et je laisse mon instinct faire.

Puis j’ai intégré le programme REBONDS qui est dédié au burn-out. Ce fut une expérience inouïe. Elle m’a tellement apporté que je ne saurais véritablement par quoi commencer. Cela a duré deux mois. Au cours de ce processus j’ai appris à (encore) mieux me connaître, mais grâce à la découverte des émotions, de leur importance dans notre fonctionnement. Nous étions un groupe et nous avions des séances deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Nous avions des tâches à faire entre les séances car le cerveau fonctionne comme un muscle. Il faut l'entraîner.

La séance sur les émotions, apprendre concrètement c’est quoi une émotion, à quoi elle sert, qu’elle est la différence entre l’émotion, le sentiment, le ressenti, a été pour moi une révélation. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir découvert un sens supplémentaire, comme si la vue ou l’ouïe m’avaient été rendues. Au début de chacune de nos séances nous débutions par un partage de représentation en exprimant ce que nous avions retenu de la séance précédente et ce que nous attendions de la séance à venir. Et un jour, j’ai dit que j’étais là pour ajouter une plume à mon phénix.

 

Faire un burn-out aussi jeune, c'est compliqué. La vie est majoritairement devant nous et il est compliqué de se dire qu’un avenir meilleur nous attend. Personnellement je ne me suis jamais trop posée de question sur ce que devait être ma vie. Je le savais. Je voulais être juge, avoir une famille avec des enfants, une maison, des animaux et de la joie. Mais en réalité, c’était plus de cases à cocher. Ce sont des désirs qui me tiennent toujours à cœur. Ils sont toujours vrais mais plus pour les mêmes raisons.

J’étais persuadée que c’était ce qu’on attendait de moi, que c’était comme ça que j’aurais une place dans la société, que je serais reconnue, aimée et considérée. Si je ne cochais pas ces cases, et de préférence assez rapidement, ma vie serait un échec, et tous ceux qui avaient dit que je n’arriverai à rien car je n’étais rien avaient, au final, raison.

Ainsi faire un burn-out avant 30 ans a été très dur pour moi, j’avais l’impression de leur donner raison. ​Cependant, au fil des semaines,  entre les séances avec la psychologue et le psychiatre, et le programme, je me suis rendu compte que c’était une chance. Ce n’était pas quelque chose que je souhaiterai à qui que ce soit de vivre. Mais cela a été nécessaire pour moi. Je devais emprunter ce chemin afin d’aller avec mon sac à dos, afin de grandir, afin de devenir un magnifique phoenix prêt à conquérir le monde, l’avenir et prêt à construire son bonheur. C’est étrange de dire ça, d’une épreuve telle que celle-ci, mais cela m’a fait du bien. J’en avais besoin. Et j’allais mieux, je commençais à reprendre pied au travail, à poser mes projets, à ordonner mes choix et mes envies.

Puis tout s'est effondré. Maman est morte.

La suite la semaine prochaine .... 

Partie 2 

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L’annonce a été pour moi un cataclysme. Avec du recul je ressens réellement sa violence énergétique. J’ai eu l’impression d’être coupée de tout, de m’effondrer encore avec le sentiment que rien ne pouvait être reconstruit après cela.

 

Je sais que les croyants trouvent du réconfort dans la foi et dans l’idée que nos êtres chers sont au Paradis, qu’ils veillent sur nous, qu’ils nous attendent car ils ont atteint la vie éternelle. Je n’ai trouvé aucun réel réconfort dans cette idée. Elle ne m’a pas faite vibrer, n’a pas raisonné en moi.

 

Le réconfort était le fait que maman avait enfin eu tout ce qu’elle voulait, enfin presque. Elle ne voulait pas vieillir, elle n’a pas vieilli ; elle ne voulait pas souffrir, elle n’a pas souffert ; elle voulait que cela s’arrête, et ça s'est arrêté. Pourquoi presque alors ? Elle voulait donner son corps à la science. Elle nous l’a dit à tellement de reprises qu’aucun doute n’était possible là-dessus. Mais, vu qu’elle n’avait pas fait les papiers nécessaires, nous n’avons pas pu honorer ce dernier vœu. Il n’en demeure pas moins que, globalement, elle a eu ce qu’elle voulait. C’était un peu réconfortant, bien plus que de me dire que Dieu avait décidé de la rappeler à elle, maintenant.

 

Ce n’était pas vraiment le bon moment ! Cela peut paraître égoïste, enfantin ou je ne sais quoi, mais j'ai assez subi pour l’année 2023 même si je pose un regard bienveillant sur cette expérience. Émotionnellement j’avais assez encaissé. Je commençais à aller mieux, j’avais enfin une relation cool avec ma mère alors pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Non vraiment aucun réconfort ne m’est venu de ce pilier de la foi chrétienne. 

Ce d’autant que je me suis sentie coupée de tout. On dit souvent qu’on s’aperçoit de la chance qu’on a d’avoir quelque chose dans sa vie lorsqu’on le perd. Je confirme. C’est quand je me suis aperçue que j’étais « éteinte » que j’ai pris conscience de la force de mes énergies.

 

Suite à l’annonce de la mort de maman je ne ressentais plus rien. Je me suis aperçue du vide. J’avais l’impression de n’être que matière et qu’il n’y avait plus aucune force, plus aucune motivation, plus aucune énergie qui m’animait. J’étais une coquille vide qui devait s’alimenter, dormir et boire pour continuer à fonctionner mais rien ne donnait d'impulsion. Ce vide était calme. Je n’avais plus l’impression d’être au centre d’une réaction nucléaire entre mes émotions, mes pensées et mes ressentis. Toutefois je n’ai trouvé aucun apaisement à cela, au contraire, cela m’a fait peur. C’était le calme de la mort. 

Ce sentiment de peur s’est renforcé lorsque je me suis rendue compte que je ne sentais plus la présence d’Athéna. Penser à ma déesse m’avait toujours procuré la sensation d’être protégée, là plus rien. Je ne sentais rien. Plus aucun picotement dans les mains lorsque je touchais ma pierre de lune, plus aucune chaleur inexpliquée dans les mains lorsque je me concentrais. Plus de petite boule blanche et violette qui irradie dans ma poitrine. Rien. Panique. Et je ne sentais pas la présence omnisciente de ma mère. J’en ai beaucoup parlé avec Flo et Sarah. Cela nourrissait mon sentiment de perte, en plus d’avoir perdu ma maman j’avais perdu mes perceptions. J’avais peur et j’étais triste. 

Puis, avec Flo, nous sommes allées à un concert de musique classique dans une église. Et là, alors que je fermais les yeux pour profiter entièrement de la musique, elles sont revenues. Elles m’ont retrouvées, maman et Athéna. L’une et l'autre, ensembles, étaient là. J’en ai pleuré de soulagement. J’ai communiqué avec ma mère et Athéna est revenue m’insuffler de la force, me prêter son armure pour traverser la tempête. Cela m’a fait un bien fou ! Avec leurs retours, mes perceptions sont revenues. L’intuition, les petits picotements dans les mains étaient là. La vie revenait. 

 

Lorsque j’ai eu mon premier rendez-vous avec la naturopathe, elle m’a dit que j’avais un excédent d’énergie de feu. Cela m’a fait sourire vu que depuis des mois je me perçois comme un phoenix qui fait de chaque coup dur le terreau d’une nouvelle plume. Lors de notre première véritable séance de travail, elle m’a fait m’ancrer entre la Terre et le Ciel.

 

Ce qui s’est passé durant cette séance a été extrêmement puissant. En état modifié de conscience, il est possible d’aller travailler des blessures que nous pensions avoir guéries. Cette séance a été, en elle-même, la source de plumes supplémentaires. Je m’aperçois du chemin qui me reste à parcourir afin de vivre de manière apaisée avec mes émotions et mes ressentis. Souvent, j’ai la sensation d’être au cœur d’une supernova sur le point d’exploser tellement il y a de forces en moi qui se meuvent.

 

J’apprends encore à faire en sorte que les émotions me traversent, tels des nuages dans le ciel. Mais leur force est telle que parfois l’orage est inévitable. Je dois également l’accepter. Finalement de tout cela j’ai l’impression d’avoir renforcé mon lien avec ma déesse et ma mère. Depuis que j’ai commencé ce coaching, je passe souvent par une phase d’autohypnose pour m’endormir qui me conduit à mon lieu refuge. Et Athéna et ma maman sont toutes les deux là. Ma mère se contente souvent de me sourire alors qu’elle est assise sur un fauteuil fait dans les racines d’un arbre alors que je parle avec Athéna. 

L’objectif premier de cette thérapie était de mettre un terme à mes troubles alimentaires. Je crois, qu’encore une fois, cela s’annonce être une expérience bien plus enrichissante. La résolution de ce comportement addictif est en lien avec la résolution de blessures bien plus profondes. Je pense que cela va me permettre de me connecter à une partie de moi que je ne connais pas encore entièrement. En alignant mes émotions, mes croyances, mes valeurs et mes énergies je devrais réussir à être “une”. A incarner mon phoenix de telle manière que je ne me perçoive plus comme le vilain petit canard. Athéna va me donner la force de déployer mes ailes afin de rejoindre la douce et tendre lumière de maman. Nous sommes uns.

Colère

Pages écrites les 11, 13, 18, 19 février 2024 et le 1er mars 2024

Partie 1

La colère est présentée comme la 3ème étape du deuil. Je ne sais pas si j’ai entièrement fini l’étape du déni. Il y a encore des moments où j'oublie, où j’espère qu’elle va revenir, que je vais la croiser dans les allées d’un magasin. Je dois me répéter cette phrase horrible « Maman est morte ». Je m’oblige à le dire sous cette forme de vérité crue et nue afin que la « violence » des mots imprègnent mon esprit. Cependant cela a encore du mal à s’inscrire comme la vérité. Je n’arrive pas à en faire une vérité absolue comme la terre est ronde. Ce n’est pas concevable, encore, et je me demande si cela le sera un jour. ​

 

Je ne pense pas que le processus du deuil soit linéaire. Il est admis qu’il y a plusieurs étapes, qui sont présentées selon un certain ordre. Mais je ne crois pas qu’il y ait un ordre chronologique préétabli et immuable. Comme tout processus humain, il peut y avoir des retours en arrière, des chemins de traverses qui vont être propres à chacun. Et je ne pense pas qu’une étape soit exclusive des autres, ce d’autant que la 3ème et la 4ème étape sont aussi des émotions et ainsi il est possible de ressentir plusieurs émotions en même temps, avec différents niveaux d’intensité.

 

​​Cela fait un petit moment que j’ai envie d’écrire sur la colère. C’est une émotion que j’ai longtemps refoulée car elle a été « raquettée » par la tristesse. Au niveau de la psychologie il est souvent admis qu’il y a quatre émotions primaires et universelles, la peur, la joie, la colère et la tristesse. Les autres sentiments, ressentis, sont des dérivés de ces émotions en fonction de plusieurs facteurs, sur lesquels je ne reviendrai pas ici. Mais lorsque nous sommes enfant nous apprenons, plus ou moins, à gérer nos émotions. Et comme nos apprentissages il y a une part de mimétisme et une part qui découle de la réponse que l’on reçoit. Or la colère et la tristesse sont des émotions qui ont des extériorisations qui sont genrées dans notre société.

 

En effet, lorsque nous sommes tristes nous pleurons et lorsque nous sommes en colère nous crions, nous tapons. Souvent nous pouvons entendre, ou dire, ces phrases : « arrête de pleurer comme une fillette », « ne fais pas de caprices, arrête de crier et de te comporter comme un camionneur ». ​Mon intention n’est nullement de faire naître un débat autour du genre. Mais seulement de constater qu’un comportement qui manifeste une émotion va avoir tendance à être valorisé chez une petite fille alors qu’il sera réprimandé chez un petit garçon, et inversement. Ainsi, lorsqu'une petite fille va se mettre à pleurer, les adultes vont avoir tendance à la réconforter, à la consoler. Donc elle aura une réponse positive à ce comportement. Si cette petite fille se met à taper du pied, du poing, à crier, au contraire, les adultes vont se détourner d’elle, la mettre de côté, et donc elle aura une réponse négative à son comportement. Mais si c’est un petit garçon qui fait un caprice, qui tape, qui crie, il va y avoir une forme de valorisation, souvent il est possible d’entendre « Oh c’est bien, il sait ce qu’il veut ce petit bonhomme », alors que s’il se met à pleurer il va être délaissé. La réponse sociale positive pour le petit garçon est donc dans les actes de « violences » et la négative est pour les pleurs, à l’inverse de la petite fille. Ce mécanisme conduit à l’apparition des émotions raquettées.

 

Ainsi une femme aura tendance à pleurer lorsqu’elle se met en colère, et donc à refouler cette dernière, et un homme aura tendance à se mettre en colère lorsqu’il est triste, et donc lui aussi ne saura pas réellement gérer l’émotion. Contrairement à ce que nous pouvons souvent croire, savoir gérer ses émotions ce n'est pas les refouler, tout au contraire. Une émotion est là pour nous indiquer un besoin tout comme nous avons soif ou faim. Donc il y a « gestion » de l’émotion quand la réponse est adaptée au besoin.

 

La colère signale un non-respect des valeurs, que ce soit les valeurs auxquelles nous tenons, comme la ponctualité ou la générosité, par exemple, ou la valeur qu’on se donne, comme la considération que les autres vont nous accorder. ​Je trouve qu’il est assez intéressant que la colère soit présentée comme l’étape précédent la tristesse dans le processus du deuil alors que souvent, elles vont se confondre l’une l’autre que ce soit au niveau du ressenti ou de l’extériorisation, surtout dans un temps proche du décès de la personne que l’on aime. En effet, lorsque j’ai appris le décès de maman j’ai de suite pleuré, crié, donné des coups de poings dans mon oreiller. La tristesse et la colère se sont conjuguées pour me submerger. L’intensité de l’une et de l’autre n'est pas comparable.

 

Si l’envie d’écrire sur la colère est apparue en premier, je pense que c’est parce que c’est celle qui déborde le plus. ​J’ai tellement « appris » à refouler ma colère que là, la moindre chose que je vais percevoir comme une atteinte à mes valeurs ou à ma valeur, va me mettre dans une colère, qui parfois peut-être clairement excessive. C’est d’autant plus intéressant lorsqu’on sait tout le travail que je dois faire pour reconnaître que j’ai de la valeur. J’ai encore bien trop souvent la conviction qu’elle ne va pas d’elle-même, que ma valeur en tant que personne va me venir des autres. Comme beaucoup je crois, j’ai l’impression de n’avoir de la valeur en tant que personne que si je reçois une approbation sociale sur la qualité de mon travail ou sur mon comportement au sein de la société, ce que les gens vont estimer convenable, que je suis quelqu’un de bien et de sympathique. J’ai acquis la croyance que pour être appréciée je dois être une princesse à la Cendrillon, juste douce et jolie.

 

Cependant dans l’une version initiale du conte, Cendrillon envoie les oiseaux crever les yeux de ses demi-sœurs après avoir trouvé l’amour au bras du prince charmant… Donc cela remet quelque peu en place ma croyance acquise sur les fondements de l’histoire de Disney. ​Il me semble donc normal que ma colère soit l’émotion qui fasse un feu d'artifice. La croyance qui était à l’origine de la mise en sourdine de cette émotion est en train de voler en éclat. Mon modèle n’est pas Cendrillon mais Athéna, une guerrière, une femme forte et sûre d’elle. Elle sait être généreuse en aidant les humains qu’elle prend sous sa protection ; mais elle sait aussi se faire respecter, alors parfois c’est un peu violent, voire excessif, tant ses punitions aux humains, surtout aux humaines, sont mémorables. Néanmoins elle reste droite dans ses bottes et il lui arrive de reconnaître qu’elle a été excessive. Elle ne revient pas sur la punition mais essaie d’en amoindrir les effets.

 

Donc, comme elle, je dois être sûre de ma valeur. Ma valeur vient de moi et non de l’onction apportée par les autres sur mes actions, mes dires ou mes croyances. Je dois apprendre à déterminer ce qui fait ma valeur, à gérer mes limites. Lorsqu’on se met en colère parce que nos valeurs, nos limites ne sont pas respectées ou que notre égo se sent en danger. Il perçoit une situation qui met en péril sa persistance. L’égo est là pour garantir notre survie. Donc apprendre à gérer la colère qui découle du non-respect de ma valeur, c’est aussi apprendre qu’elle est immuable et ne peut pas être réellement remise en cause tant que je crois en elle. Encore faut-il pour cela la connaître ou la reconnaître et y croire. Et comme pour tout, je pense, que cela s’apprend.

 

 

​La suite la semaine prochaine ...

Partie 2

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La colère qui découle du non-respect des valeurs qui me tiennent à cœur comme la justice, l’équité, la loyauté, et autres, il faut juste trouver un équilibre. J’ai conscience que ce sont aussi des idéaux et donc elles ne peuvent pas connaître une réalisation parfaite dans notre monde. Il est nécessaire que j’arrive à déterminer ce que je suis prête à accepter et dans quelle situation, dans quelle relation, dans quel contexte je suis prête à les mettre de côté sans pour autant avoir des réactions de colère excessives et disproportionnées. Et je pense que le travail psychologique que je fais depuis de nombreuses années commence à porter ses fruits sur cet aspect-là. ​

 

Ainsi cela va faire presque un mois et demi que ma colère déborde. Je vais me mettre en colère assez facilement sur beaucoup de sujets. Parfois je m’interroge sur la source de cette colère. Est-elle due au deuil, à la perte injuste de maman ? Ou est-ce parce que je commence, justement, à fixer les fondations de l’acceptation de ma valeur ? La source de ma colère est-elle réellement importante ? Je pense que oui. Comme je l’expliquais, gérer une émotion c’est y apporter la bonne réponse. Les émotions, autres que la joie, sont là pour nous dire que nous ne sommes plus dans la joie, que nous avons un besoin émotionnel qui est en carence afin de continuer à avancer. Pour répondre à ce besoin il faut savoir l’identifier réellement. ​

 

Par exemple, imaginons, que la voiture n’a que deux signaux pour nous indiquer qu’elle a un souci. Un orange, pour nous dire attention va falloir regarder, et un rouge pour nous dire stop. Mais si nous n’avions que ces deux indicateurs, on ne saurait pas précisément, sans démonter toute la voiture, s’il faut lui mettre de l’essence ou changer une pièce du moteur, par exemple. Si notre voiture nous fait un signal pour les pneus ou pour l'essence, on sait qu’elle a besoin soit d’air, soit d’essence, et donc on lui donne l’un ou l’autre. Savoir quelle est la source de notre besoin émotionnel c’est la même chose, et donc ici la source de ma colère. Je pense qu’en réalité c’est un mélange des deux. Les deux sont en train d’évoluer en parallèle notamment car je m’autorise à ressentir la colère vu qu’elle est « normale » dans le processus de deuil. ​La question de la « normalité » pour les émotions peut surprendre. Mais j’ai grandi dans l’idée que je ne devais communiquer que des émotions positives, comme Cendrillon. Ma maman était pleine de qualités mais elle n’était pas une grande experte de la gestion émotionnelle donc lorsque nous exprimions une émotion négative, ne sachant gérer les siennes, elle ne pouvait pas nous apprendre à gérer les nôtres. Et pour mon père, il n’est pas non plus un expert. Il a tendance à ne montrer aucune émotion car il faut être fort, solide, non émotif. Puis malheureusement il n’était pas beaucoup présent vu qu’il passait, et passe, son temps à travailler.

 

Ainsi j’ai grandi dans une famille où l’extériorisation des émotions était source de conflits, avec l’idée qu’être fort c’était de ne pas ressentir d’émotion ou du moins qu’elles ne nous atteignent pas. Or je suis hyper-sensible et donc mes émotions font le grand huit encore plus vite que le manège à sensation. Donc vous prenez une enfant hyper-sensible, qui n’apprend pas à gérer ses émotions, qui grandit dans la croyance qu’être fort c’est de ne pas être atteint par les émotions et qui croit que dans l’extériorisation de l’émotion négative il y a un danger car cela amène à un conflit, à des cris et des larmes, et que pour être aimée il faut être une princesse Disney. Vous vous retrouvez avec une adolescente, une adulte mal dans sa peau qui ne sait gérer les émotions, qui les mange toute. Et qui croit qu’elle ne sera jamais aimée pour elle-même si elle n'acquiert pas le « mérite » de l’être. C’est comme ça qu’on se retrouve à croire que laisser les autres voir les émotions qui nous animent, ce qui nous traverse est « anormal ». 

 

​Certains de mes amis m'appellent « queen Soso » car j’ai un côté Drama Queen lorsque j’extériorise mes émotions. Je suis exubérante. J’ai un rire fort et communicatif. Lorsque je suis dans un moment de tristesse ça peut de suite être un drame. Lorsqu’une histoire arrive à son terme, amicale ou amoureuse, c’est tout un drame pour moi. Une fois j’en parlais avec Fannie, durant mon burn-out, et elle me faisait remarquer que peut-être une part de mon côté Drama Queen était lié au fait que je n'exprime pas mes émotions. Vu que j’attends qu’elles me submergent lorsqu’elles sortent c’est le tsunami. Je pense qu’elle a raison, comme souvent. Il est vrai que depuis que je fais un véritable travail sur mes émotions, sur leur identification, leur compréhension et leur gestion j’ai moins d’« explosions » émotionnelles. Je reste exubérante, c’est dans ma nature et c'est aussi un mode de protection. Mais étant plus en harmonie avec mon grand huit émotionnel il y a moins de gros tsunamis, on est plus sur une rivière qui sort de son lit.​

 

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 3

Dans mon apprentissage je ne suis pas encore à l’identification précise de l’origine de ma colère, sûrement car je n’ai pas encore réussi à dessiner l’armure de mon égo. Toutefois j’arrive à l’identifier, à dire précisément que là je ressens de la colère, que ce n’est pas une autre émotion et que je n’essaie pas de la dissimuler. Un des apprentissages de mon suivi avec la naturopathe est de « sortir de la pièce de théâtre » comme elle dit. L’objectif est de voir ce qui dans notre environnement nous affecte et crée la situation qui nous submerge émotionnellement, pouvant mener aux crises de compulsions alimentaires, notamment. Cet exercice reste encore compliqué pour moi. Néanmoins je m’aperçois que j’arrive plus facilement à identifier les situations qui provoquent en moi des variations émotionnelles, dont la colère, et d’être plus en phase avec cela. J’accepte le fait de ressentir de la colère, tout comme les autres émotions, et d’accepter qu’elles m’animent, parfois encore de manière excessive, mais la mesure va arriver avec l’expérience et la pratique. Lorsqu’un enfant apprend à lacer ses lacets au début il ne fait pas de jolis nœuds, c’est par la suite qu’il s’améliore à force de répéter le geste, de le faire encore et encore. Ce peut-être un poil plus compliqué avec les émotions que de faire un joli nœud pour mes chaussures, néanmoins la répétition reste la seule réelle technique d’amélioration. C’est dans cette démarche que je pense qu’il est important que j’identifie réellement les causes de ma colère, en particulier, et de mes autres émotions, en général.

Si cela fait plusieurs semaines que je ressens cette colère, qui s’éveille et m’anime presque comme si elle était une entité à part entière en moi, je ne pensais pas qu’écrire ce texte serait si difficile. Je pensais que cela irait de soi, et d’une certaine manière c’est le cas. Toutefois je n’arrive pas à donner forme, à mettre des mots sur ce que je ressens. Initialement je pensais suivre un peu le même cheminement que pour la culpabilité. Mais je n’y arrive pas. Et finalement je pense que je viens de comprendre pourquoi. Je ressentais la culpabilité réellement comme un sentiment insidieux, elle se distillait au fur et à mesure. Mais la colère, ma colère, a une forme, une substance et lorsqu’elle surgit c’est comme si c’était elle qui prenait le contrôle. Je pense que la difficulté est là : pour mettre les bons moments sur la colère je dois la décrire comme si elle était une personne et non simplement une émotion. La sensation que j’ai est assez paradoxale. Je sais que ce n’est qu’une émotion et en même temps j’ai l’impression que pour apprendre à la gérer je dois lui donner une forme, une consistance un certain temps pour ensuite pouvoir l’appréhender. Dans le cadre du programme REBONDS, l'un des exercices que nous devions faire était d’invoquer notre émotion, de la faire assoir face à nous et de lui parler, de l’écouter, d’entendre ce qu’elle a à nous dire sur elle mais surtout sur nous. Mais la naturopathe m’a dit de ne pas alimenter l’histoire. J’ai du mal à comprendre cela cependant j’ai l’impression que discuter ainsi avec une émotion est une forme d’alimentation de l’histoire. Toutefois je crois que c’est une étape nécessaire au lâcher-prise. Je dois prendre conscience de ma colère, de sa forme, de sa consistance afin de m’en délivrer, de l’accepter. 

Dans Vice-Versa, Colère est représenté par un petit bonhomme carré avec un pantalon et une chemise. Lorsque son émotion monte en Riley, la petite fille, il y a des flammes qui apparaissent. En aparté j’ai d’ailleurs hâte de voir la suite, parce que je ne sais pas, si vous avez remarqué  pour ceux qui l’ont vu, mais les différentes émotions de Riley ont toutes une entité propre, elles sont différentes les unes des autres et ne se ressemblent pas entre elles ; alors que celles de ses parents, que ce soit celles de son père ou de sa mère, ont des points communs. Celles de son père sont toutes représentées par des personnages masculins avec une moustache, la même, et celles de sa mère sont représentées par des femmes qui portent toutes la même paire de lunettes. Il me tarde donc de voir s’il y aura une explication à ce processus. 

Tout ça pour dire quoi me direz vous. A quoi ressemble mon émotion ? Est-ce qu’elle est un petit bonhomme tout rouge avec des cheveux de feu ou plutôt une gorgone avec des serpents à la place des cheveux ? Partons à sa rencontre ensemble ! 

Essayer de faire la description de la personnification de ma colère lorsque je ne la ressens pas est au final assez compliqué. Lorsque je me remémore les épisodes récents où j’ai ressenti de la colère, je me souviens bien de ce qui l’a faite apparaître, de comment elle s’est matérialisée et de comment j’ai réussi ou non à la gérer. Mais je n’arrive pas réellement à la visualiser, à lui donner une forme. 

Je reprends ce texte après plusieurs jours sans écrire. Avec la préparation de mon concours et la reprise du travail je n’arrive pas à m’accorder ce temps. Aujourd’hui (1er mars 2024) j’ai énormément de mal à me concentrer afin d’apprendre donc j’ai décidé d’écrire. Je pense qu’une autre des raisons pour lesquelles je n’ai pas écrit est que je me sens un peu bloquée dans ce texte. J’ai vraiment envie d’écrire sur la colère, ma colère. Mais même en voulant en faire la description pour la personnifier je ne trouve pas les mots. D’autres idées de textes me sont venues sans toutefois n’avoir aucune inspiration pour finir. Cependant ceux d’entre vous qui me connaissent, savent que même si je n’aime pas les fins, dans l’absolue, je déteste abandonner. Et, il en sera pareil pour ce texte. Pour changer un peu je vais essayer d’être focus, une chose à la fois, un texte à la fois.

La suite la semaine prochaine ...

Partie 4

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Ma colère est-elle, donc, un petit bonhomme rouge, ou une gorgone ? 

Cela fait quelques jours que je n’ai pas ressenti de grosses montées de colère donc je n’ai pas pu « l’invoquer » afin de la regarder et de dresser son portrait dans ma tête. Lorsque je pense aux moments où je me suis mise en colère, et qui ont été générateurs de cette envie d’écrire dessus, il est possible de voir un point commun. C’était dans le cadre du travail, plus ou moins directement. Je travaille dans la justice, d’où mon nom de plume, et lorsque je vis, perçois une situation injuste dans notre monde du travail cela m’exaspère au plus haut point. Nous sommes là pour rendre la justice au nom du peuple français mais nous n’arrivons même pas à être une institution juste envers ses agents. Illustration de l’adage : les cordonniers sont les plus mal chaussés. 

En écrivant ces mots, la colère se réveille, je me sens habitée par l’émotion. Les souvenirs arrivent à la ranimer. Elle n’a pas l’intensité originelle mais il est indéniable que la colère est toujours présente, comme si je ne l’avais pas encore digérée. 

 

L’autre point commun entre les moments où j’ai eu ces montées de colère, est que souvent cela résulte de quelque chose qui me paraît aberrant ou illogique. Par exemple, que ce qui peut conduire à des condamnations dans le secteur du travail privé, conduit dans l’administration à une acceptation placide. « C’est comme ça, on n’y peut rien et c’est partout pareil ». Mais d’où c’est bien que cela soit partout pareil ! Est-ce parce que c’est « partout pareil » qu’ il ne faut pas agir pour faire changer les choses ? C’est avec cette forme d’acceptation placide qu’après il y a des vagues de révélation comme #METOO. Cette inertie m’énerve. 

Pour l’autre situation où je me suis mise en colère je dois rentrer un peu plus dans le détail. En septembre 2023 j’ai repris le travail à temps partiel thérapeutique. Dans la fonction publique nous avons droit à un an pour une pathologie lorsque cela ne découle pas d’un accident du travail. Nos droits au temps partiel thérapeutique se renouvellent par tranche d’un an. Donc si je suis à temps partiel thérapeutique pendant un an en continu, il faudra que je travaille à temps plein pendant un an pour avoir de nouveau droit à cet aménagement pour la même pathologie. 

Suite au décès de maman j’ai été remise en arrêt. Je devais faire ma demande de prolongation de temps partiel thérapeutique, car les autorisations sont souvent pour trois mois, renouvelable donc, pendant que j’étais en arrêt. Ce que je n’ai pas fait, vu que j’étais en arrêt et que je n’ai droit qu’à un an en tout et pour tout. Le texte qui encadre le temps partiel thérapeutique prévoit que l’agent peut demander l’interruption de son temps partiel thérapeutique lorsqu’il est en arrêt depuis plus de 30 jours consécutifs. Donc quand j’ai rempli cette condition j’ai fait la demande. Elle m’a été refusée. L’argument étant que vu que je n’avais pas fait prolonger mon temps partiel thérapeutique il ne pouvait être suspendu. Jusque là on a envie de dire, oui bien sûr c’est logique. 

Ainsi je discute de la reprise du travail avec mon psychiatre, et nous pensons que je devrais être prête à reprendre le 1er février. Donc je fais les démarches pour reprendre en temps partiel à cette date-là. Je vais chez le médecin agréé, je fais le dossier, le courrier de demande que je communique à ma hiérarchie pour transmission au service RH. 

Et là on me demande de faire un courrier de reprise à temps complet sur la période où j’étais en arrêt ! Ma première autorisation allait  jusqu’à mi-décembre. J’étais en arrêt jusqu’au 31 janvier. Début janvier on me dit que je ne peux pas demander l’interruption d’une autorisation dans laquelle je ne suis plus. C’est-à-dire qu’il n’y a que deux statuts, soit vous êtes à temps complet, soit vous êtes autorisé à être à temps partiel thérapeutique. Donc si je ne suis plus dans l’autorisation, je suis forcément considérée comme étant à temps complet. Et bien, il m’a été demandé de faire une demande de reprise à temps complet du 16 décembre au 31 janvier, alors que j’étais en arrêt maladie, donc que je ne travaillais pas, et que nous étions déjà fin janvier. Est-ce que je suis la seule à trouver cela aberrant et illogique ? En tout cas ça me met en colère, car ce n’est pas logique ! Je ne saurais dire quelle est la valeur qui a été atteinte par l’illogisme, la Raison peut-être, mais il est sûr que cela m’a énervé et que cela m’énerve encore. Je sens le petit feu de la colère se rallumer dans mon ventre et mon estomac se nouer. 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 5

Le dernier raz de marée de colère que j’ai ressenti c’est lorsque j’ai repris le travail et que j’ai essayé de discuter avec ma hiérarchie pour ne pas être de nouveau changé de service et que chaque argument que j’avançais étaient retournés contre moi. Oh alors là, je vous garantie que je n’ai pas su, du tout, gérer l’émotion. Je me suis laissée envahir. J’en ai pleuré pendant presque une heure. Je ne voulais plus remettre les pieds là-bas. Cela a été très dur. J’ai demandé un rendez-vous en « urgence » avec mon psychiatre, ma naturopathe m’a fait un coaching en plus, j’en ai parlé longuement avec ma psychologue et avec mes amis. Ce fut très dur pour moi. 

Lorsque je suis sortie de cet échange ce que j’en ai retenu c’est que j’avais l’impression d’être une enfant capricieuse qui n’avait pas le sens du service public. Ce n’est pas ce qui a été dit. C’est ce que moi j’ai ressenti. Il n’y a pas de vérité absolue quand il est question de ce que ressentent les gens. Comme me l’a répété ma naturopathe un certain nombre de fois, les faits sont neutres en eux même. C’est ce que nous ressentons à cause de ce fait qui va être colorisé afin que nous le percevions comme bon ou mauvais. Un même événement, un même fait, ne sera pas nécessairement vécu de la même manière par deux personnes, et il y a peu de chance, voire aucune, que les deux personnes le vivent de la même manière. Deux personnes qui semblent être identiques selon des critères objectifs tels que l’âge, la situation socio-professionnelle, confrontées au même évènement ne le vivront pas pareil car elles sont différentes. Elles n’ont pas la même histoire, elles n’ont pas le même vécu, elles n’ont pas les mêmes valeurs, les mêmes croyances, les mêmes sensibilités. Donc il est difficile de dire qu’il existe une et une seule vérité. Chacun peut avoir la sienne lorsqu’il est question de ressenti. Ainsi, si un 6 est dessiné au sol et que deux personnes le regardent l’un d’en haut et l’autre d’en bas, l’un verra un 6 alors que l’autre verra un 9. Est-ce qu’un seul à raison ? Est-ce réellement important vu qu’il est question de quelque chose de personnel et par essence de subjectif ? Je ne crois pas. 

Ainsi ma vérité, est que j’ai ressenti cela. Ce qui a été dit m’a renvoyé à cela. Pourquoi ? Parce que cela a ranimé en moi des blessures. Mon égo s’est senti en danger. J’ai osé parler, dire ce que j’avais à dire. Je ne l’ai certainement pas fait de la meilleure des façons mais je l’ai fait. Et déjà  en soit, cela est un exploit et une victoire personnelle. Celle que j’étais avant ne l’aurait pas fait. Toutefois cela ne s’est pas passé comme je l’espérais, et c’est en partie une des causes de ma colère. D’une part, initialement, je n’ai pas eu ce que je voulais, première source de frustration. Je parle mais cela ne me permet pas d’avoir ce que je veux, donc à quoi bon. Mais d’autre part, j’ai eu l’impression que tout ce que je disais était retourné contre moi, que mes arguments, relativement logiques, étaient déformés. Ainsi, ce qui m’a blessé, c’est que mes efforts passés ne soient pas reconnus, que ma parole ne soit pas écoutée pour ce qu’elle est sur le moment, que ma valeur en tant que professionnelle soit mise en doute, et que je ne sois pas considérée. 

Ici, il est assez facile de voir que c’est la perception que j’ai de ma valeur qui s’est sentie en danger, mon égo. J’ai été blessée, j’ai trouvé que c’était injuste, et j’ai tellement eu l’impression de ne pas être considérée. Là, la source de la colère est très facilement identifiable. Alors même si cela a été compliqué à canaliser, à gérer, quand j’ai réussi à prendre du recul sur la situation, « à sortir de la pièce de théâtre », une réponse simple pouvait être apportée : arrêter de faire dépendre ma valeur de l’approbation des autres, quel qu’il soit, quel que soit le rang par rapport à moi. Cela peut sembler simple mais pour moi, et comme pour d’autres, c’est extrêmement compliqué. Surtout si on reste dans une conception strictement professionnelle au sein de laquelle la hiérarchie à une place prépondérante.

Dans le monde du travail où la valeur d’une personne peut se quantifier par rapport à la qualité et à la quantité de travail qu’elle fournit, cette appréciation va dépendre de la perception d’un supérieur hiérarchique sur le travail. Celui qui évalue se place dans une position de supériorité. Mais en réalité, est-ce qu’il y a réellement un supérieur et un inférieur ? Est-ce que les critères d’évaluation professionnelle sont ceux qu’on utilise dans la vie courante pour « déterminer » la valeur d’une personne ? Est-ce que, parce qu’une personne arrive à faire 60 dossiers en 1 heure, elle peut être considérée comme étant une meilleure personne que celle qui n’en fait que 40 mais qui prend le temps de regarder au-delà du dossier ? Est-ce que le collègue qui ne parle que travail, qui ne se mélange pas, est-il un meilleur professionnel que celui qui crée du lien ? Et inversement, celui qui passe son temps à créer du lien au sein de l’entreprise est-il un meilleur professionnel que celui qui n’en crée pas ? Tout est une question d’appréciation, de là où on place le curseur. Ce qui, pour l’un, est important dans telle situation peut ne pas l’être du tout pour une autre personne. Tout cela est très subjectif et va dépendre de l’environnement dans lequel on se trouve. 

C’est ainsi qu'apparaît la fragilité des constructions psychologiques qui n’ont qu’un seul appui. Si vous déterminez votre valeur, en tant que personne, dans votre globalité uniquement sur la perception que vous pensez que les gens ont de vous à un moment donné dans un seul pan de votre vie, vous vous mettez en danger. Par exemple, vous pensez que pour avoir de la valeur il faut être reconnu et apprécié comme un bon professionnel par votre hiérarchie. Si vous commettez la moindre erreur, vous allez vous dire que vous allez perdre votre valeur. Si votre hiérarchie change, qu’elle reconnaît que vous faites du bon travail mais qu’humainement elle ne vous apprécie pas plus que cela, est-ce que vous allez croire que vous avez la même valeur ? Vous allez faire dépendre votre valeur d’une autre personne  qui peut être amenée à changer à tout moment. Vous placez entre les mains d’une altérité très variable un socle de votre construction, de votre fondation psychique. Cela crée de la vulnérabilité. 

C’est ce que je faisais, et que j’ai encore tendance à faire. Mais, afin d’apaiser ma colère, il suffisait que je me rappelle que ma valeur vient de moi et non du regard des autres. Nous avons besoin des autres. Toutefois, la manière dont nous nous percevons ne doit pas dépendre uniquement du regard de l’autre. Autrui est multiple et « moi » est unique. Un être unique ne peut satisfaire parfaitement une multitude car chacun aura sa préférence. Nous avons tous besoin de boire de l’eau. L’eau, en soi, est unique. La molécule d'eau est unique. Pourtant toutes les eaux que nous buvons n’ont pas le même goût. En fonction de si c’est de l’eau de source ou de l’eau minérale, elle n’aura pas le même goût, et chacun d’entre nous va en préférer une. Les choux de Bruxelles, en soi, c’est une unicité. Personnellement je déteste ça. Je n’aime pas le goût, en raison de ma particularité. Mais vous, peut-être que vous aimez ça, que c’est à votre goût. Est-ce que le fait que vous, vous aimez et que moi je n’aime pas mettre en péril l’existence du choux de Bruxelles ? Je ne pense pas. Alors pourquoi faire dépendre notre valeur aux goûts de personnes… 

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***

Aux fils des mots, je me rends compte que je me suis éloignée de  la colère en allant sur la valeur. En même temps, vu que la colère apparaît pour dire qu’il y a un souci au niveau des valeurs ou de notre valeur, il me semble que c’est normal. Pour en revenir au cœur du thème de ce texte,  je dirais, finalement, que ma colère n’est pas forcément une entité à part, de moi. Elle a une substance, une forme propre certes mais elle reste moi, elle est une part de moi.

 

Ainsi elle n’est pas totalement un petit bonhomme rouge, totalement indépendant, ni une forme totalement abstraite. Lorsque je tente de la visualiser, de la projeter dans un exercice de visualisation mentale, je dirais qu’elle me ressemble. Elle a des traits plus fins, plus précis que les miens, avec une certaine forme d’évanescence. Nous nous ressemblons. Elle me paraît plus jolie que moi car plus pure, elle n’est qu’une chose, colère, elle est flamme. Elle sait qu’elle est feu, quel est son rôle. Lorsque j'écris tout en faisant cet exercice de visualisation je ne ressens pas de la colère, donc je la vois. Comment décrire cela… Elle a ma silhouette générale tout en étant plus mince. Elle a les cheveux plus longs que moi. Ils bougent seuls comme si un vent léger les animait. Elle est transparente, je veux dire par là que je vois les flammes qui ondulent en elle, qui font ce qu’elle est. La source du feu est au niveau du diaphragme, à peu près, et cela irradie. Si je visualise le fait de me mettre en colère, alors les flammes prennent de la substance, elles deviennent solides. La température monte et certaines d’entre elles sortent de l’enveloppe et forment des boules. Une partie de sa chevelure devient réellement incandescente et presque liquide comme de la lave. Le point au niveau du diaphragme devient un point brûlant. Tout part de lui, tout irradie à partir de lui. Il est tellement en tension que sous l’effet de la chaleur il devient d’un blanc absolu. Et son visage ! Il est magnifique ! Il est dur, il n’y a plus aucune douceur, il est déterminé. Ses yeux sont d’un jaune-orangé envoutant.  Son sourire ! Il est presque carnassier. Elle sait qu’elle peut tout ravager si elle laisse s’échapper son souffle brûlant. Elle est sûre d’elle. 

Lorsque je mets fin à la visualisation, je vois les flammes se rétracter sur elles-mêmes jusqu’à ce que cette étoile blanche, incandescente, redevienne le petit feu qui diffuse cette teinte rouge-orangé translucide à cette enveloppe. Elle sourit. J’ai cette sensation qu'elle sait où nous allons. Elle sait. Je ne saurais dire précisément quoi. Mais suite à cet exercice, qui n’était pas prévu, je me sens extrêmement fatiguée, et aussi rassurée car elle, elle sait, enfin nous savons. 

Doute

Pages écrites les 28 et 30 mars 

Partie 1

Cher ami lecteur, comme tu as dû t'en apercevoir au fil des semaines, les publications étaient structurées autour d’une émotion, d’un ressenti, jusqu’à présent. Initialement, la thématique de ce texte devait être le doute. Or en écrivant je me suis fait surprendre par les mots, j’avais besoin de raconter, d’écrire plus de choses. Les divagations qui vous attentent au cours des prochaines lignes illustrent parfaitement l’état de doute dans lequel j’étais alors, en mars - avril 2024, et que je retrouve encore un peu aujourd’hui. Les publications à venir auraient pu faire l’objet de textes distincts tant j’y aborde de choses diverses. Toutefois j’ai choisi de te le présenter ainsi car finalement c’est ce qui représente, me semble-t-il le doute et le capharnaüm des pensées qu’il entraîne. Nous partons pour une longue série de publications, qui seront suivi de nouvelles dans quelques temps. Le doute devient un partenaire dans le processus de reconstruction. Bonne lecture. 

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Depuis quelques jours je sens que ça ne va pas, je me sens démotivée. Je ne sais plus où est ma place. Je n’arrive pas à savoir ce que je veux faire dans la vie. Je me sens juste triste et démoralisée. Je n’arrive pas à trouver la force de faire quoi que ce soit. Toute trace de détermination semble avoir disparu de moi. Je sens que je retombe dans mes vieux travers et ça me fait du mal car je me sens nulle. Nulle de pas tenir mes objectifs, nulle de manger comme si c’était la seule chose dont j’étais capable. Je n’arrive pas à trouver la motivation, l’impulsion pour faire les choses. Rien n’a de sens. Je ne sais plus réellement pourquoi je fais les choses. 
 

J’ai toujours voulu être magistrate. Une part de moi croit que cela est possible, et que cela me rendrait heureuse. L’autre part en doute fortement. Pourquoi un tel doute ? Car je n’arrive pas à me mettre au travail sérieusement, à être constante. Je procrastine. Donc même si j’ai éventuellement la capacité de réussir le concours, je ne fais pas tout pour le réussir. Mais en plus, serais-je réellement heureuse si je deviens magistrate ? Ma place est-elle réellement là ? Est-ce que mon inactivité est liée seulement à ma paresse ou est-ce que c’est parce que je ressens que ce n’est plus ma place ? Le burn-out et le travail d’introspection que j’ai réalisé durant cette année m’ont fait évoluer sur beaucoup de choses. La magistrature, ma volonté de travailler pour la Justice, qui avait toujours été une évidence, a été remise en cause. Tant en raison de la prise de conscience de la réalité des conditions de travail et de la société, mais aussi par le fait que d’autres choses m’attirent. Si avant je ne voyais mon épanouissement que dans la fonction de magistrat, telle une vocation, aujourd’hui rien n’est si évident. Je pense même que d’un certain coté je pourrais m’épanouir ailleurs. J’ai tellement d’idées un peu folles qu’il est possible que l’une d’elle me corresponde mieux. Néanmoins je n’arrive pas totalement à faire une croix sur cette carrière.  


[Lignes écrites lors du retravail sur cette publication ( 05 mai 2024)
Je n’avais pas prévu d’écrire sur ce sujet initialement. Cependant dès que je me mettais à l’écriture, que ce soit pour ce projet, ou dans mon bullet journal, c’était ce qui venait. Je pense que ce doute qui était déjà présent depuis le début de la préparation du concours, notamment car ce qui m’intéresse le plus sont les cours de culture générale et non ceux de droits, et que ma personnalité a évolué ; a prit une dimension particulière dans ce processus de deuil. La perte de Maman m’a rappelé que la vie pouvait s’arrêter à tout moment. Alors que j’essayais de travailler sur mon « absolutisme » : vouloir tout, tout de suite, maintenant ; une forme d’urgence à trouver ma voie est apparue. Maman donnait l’impression d’avoir subi sa vie, de ne pas avoir connu réellement le bonheur. Et une de mes pires craintes est que cela m’arrive. Je veux être actrice de ma vie. Je sais qu’elle n’est pas un long fleuve tranquille. Je veux juste avoir cette sensation pour moi, et pour mes proches, que j’ai aimé ma vie, que j’ai été globalement plus heureuse que triste. Donc finalement il y aura des publications sur le doute lié à cette remise en cause d’une vocation. A voir ce que l’avenir me réserve.]

 


Pourquoi est-ce que je veux être magistrate ? 


Ma réponse, avant, était pour défendre les gentils en mettant les méchants en prison, en apportant ma pierre à l’édifice pour un monde meilleur. Cette réponse date de mon enfance. Aujourd’hui je doute de cette réponse. L’institution, le ministère « m’a fait du mal ». Certains psychiatres estiment que ce sont les employeurs qui causent le burn-out des salariés. Le salarié est mis en situation de burn-out, l’employeur ne lui offrant pas les conditions nécessaires à préserver sa santé mentale. Mon psychiatre n’a jamais utilisé cette expression, nous n’en avons jamais parlé d’ailleurs. Jusqu’à très récemment je prenais entièrement la responsabilité du burn-out. C’était ma faute n’ayant pas su fixer les limités, n’ayant pas su m’écouter. Je cherchais une reconnaissance dans le travail, une légitimité pour combler des vides intérieurs. Si tout cela est vrai, je m’aperçois avec du temps et de l’introspection que les tords sont partagés. Je n’ai pas su mettre les limites, j’en faisais toujours plus parce que cela m’était demandée plus ou moins directement. Ma polyvalence et mon adaptabilité ont été poussées à l’extrême, jusqu’au seuil du « TROP ». L’objectif était de faire tourner la juridiction quoi qu’il en coûte. Et c’est la sensation que j’ai au sein du ministère. 


Le personnel de greffe est broyé par la machine. Tant que la juridiction tourne ce n’est pas grave si des greffiers sacrifient leur santé. Lorsque c’est un magistrat déjà il y a plus d’émoi comme l’ont montré le suicide de la jeune juge d’instruction ou le décès en audience de la présidente d’une comparution immédiate à Nanterre. Mais la souffrance du personnel de greffe n’est pas pris en considération alors qu’il y a eu, peu de temps après le suicide de la magistrate, un greffier qui s’est suicidé au sein de son tribunal. 

Dans le secteur privé, une société qui aurait autant d’arrêt maladie que notre ministère ferait l’objet d’un contrôle par l’inspection du travail avec éventuellement une condamnation pour des manquements à la prévention sur la santé des salariés. Mais, au sein du ministère, on détourne les yeux. Des mesurettes sont prises avec des budgets dédiés pour faire des formations sur la gestion du stress, l’ergonomie. Alors ce qu’il faut se sont des moyens humains. Il faut recruter. 


La consultation du public lors des Etats généraux de la Justice fait ressortir que les français n’ont plus confiance en l’institution. Notre justice est jugée trop laxiste, trop lente et injuste. La réalité c’est que sans personnel supplémentaire il est impossible de faire mieux. Le personnel de greffe est tout aussi essentiel que les magistrats au sein des tribunaux, sans nous il ne peut y avoir d’audience et nombre d’actes ne peuvent être pris sans le greffier. Or dans les faits les premiers effectifs à être complets dans les juridictions sont ceux des magistrats. Toutefois, si l’effectif des greffes n’est pas complet lui aussi, il ne peut y avoir une justice de qualité. Malheureusement les faits de cet été avec les évènements suite à la mort du jeune Nahel en ont été l’exemple. Le mouvement de grève des personnels de greffe a eu de l’écho car beaucoup de dossiers qui devaient être jugés en comparutions immédiates n’ont pu l’être faute de greffier dans les juridictions. Nous sommes essentiels. Pourtant le ministère ne nous considère pas. 


Cela provoque en moi une réelle colère, bien plus qu’avant. Une petite flamme révolutionnaire s’enflamme en moi en écrivant. Néanmoins je crois toujours en l’idéal de la Justice. Globalement nous avons, sur le papier, des lois et un système judiciaire plutôt cohérent qui devrait permettre une Justice de qualité. Toutefois, dans les faits nous n’avons pas les moyens de le concrétiser. 

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 2

Lorsque j’ai repris la décision de passer le concours durant le burn-out, donc en juin 2023, je pensais qu’en tant que juge j’aurais plus de moyens afin d’apporter ma pierre à l’édifice, tel le petit colibri de la légende amérindienne. C’était l’une des principales raisons de ce choix. Je sais les conditions dans lesquelles nous travaillons tous, greffiers comme magistrats. Que maintenant que j’avais fait ce travail sur moi-même je serais amène de me préserver afin d’apporter ma contribution malgré le contexte. Une part de moi le pense encore. 

Cependant la difficulté réelle n’est plus là aujourd’hui, c’est savoir si c’est ce que je veux. De manière plus égoïste en somme, est-ce que je suis vraiment certaine de vouloir continuer à travailler dans de telles conditions pour une réalisation imparfaite de cette valeur qui m’est si chère ? C’est là que naît le doute : est-ce que je serais réellement heureuse dans ce métier ? Fin plus précisément, est-ce que cette voie professionnelle est celle dans laquelle je m’épanouirai le plus afin d’être heureuse ? Se sont des questionnements qui me traversent à plusieurs reprises que je sois en période de préparation ou non du concours, mais là ils ont une force particulière. Leurs impacts sur moi est plus important en ce moment car je leur donne une autre perspective et que l’idée selon laquelle je n’ai pas le temps de me tromper me hante. 

Ce doute me paralyse autant qu’il me fatigue. Je suis fatiguée de devoir me contraindre à bosser des choses qui ne me plaisent pas, à faire des heures et des efforts alors que j’aspire à la facilité. J’ai envie de quelque chose de fluide, de simple. Je sais que ce sont des efforts momentanés qui sont nécessaires et qu’en soit c’est un peu une période compliquée à passer mais que potentiellement, lorsque je serai en poste, je serai épanouie. Mais si ce n’est pas le cas ! Si je me rends compte que finalement les gens avaient raisons, que je n’avais pas les épaules, du fait de burn-out et de mon caractère pour supporter ça ? Est-ce que je veux forcement faire des heures un peu pour la gloire en sachant que je ne changerais pas le monde ? Est-ce que de voir que les choses n’évoluent pas réellement ne me minera pas ? Et si je ne fais rien est-ce que cela changera quelque chose à mon bonheur ? Est-ce que si je renonce à faire ce métier pour faire quelque chose de plus « égoïste » je serais plus heureuse ?  Et si je ne fais pas ça je fais quoi ? 

 

Ce dont j’ai envie, en ce moment, c’est de simplicité, de fluidité. Je suis fatiguée de devoir faire continuellement des efforts pour tout. J’ai l’impression d’être en lutte continuelle. Je suis en lutte pour me mettre au travail, je suis en lutte pour ne pas manger, je suis en lutte pour continuer à avancer, je suis en lutte pour sortir de mon lit et aller au travail, je suis en lutte pour faire bonne figure. Et je suis fatiguée de cette lutte. Je suis fatiguée d’avoir la sensation continuelle de me battre. Si j’ai une telle sensation de lutte c’est peut-être que je suis en résistance. Pourquoi une telle résistance ? A quoi est-ce que je résiste tant ? A mes émotions ? A mes aspirations réelles ? Peut-être un peu de tout cela en même temps je crois. 

 

Au niveau émotionnel je ressens de la tristesse, maman me manque. J’aimerai tellement qu’elle soit là. Je n’arrive pas à me dire que je ne la reverrais jamais, que je ne pourrais plus jamais l’entendre m’appeler « mon boudoudou » et « madame toujours plus ». Je n’arrive pas à réaliser que c’est fini. Qu’elle n’est plus là. Le temps passe et pourtant la douleur ne disparaît pas, elle s’apaise de temps en temps pour se ranimer encore plus fort après. Ce n’est pas possible qu’elle ne soit plus là. Ce n’est pas normal, et pourtant je m'habitue à cette horrible réalité. Je crois que c’est une des choses qui me fait le plus de mal, m’y habitué si vite. J'aimerais tellement pouvoir avoir droit un ultime câlin dans ses bras, sentir l’odeur de sa peau et sa douceur. Le touché de sa peau qui était si douce et source d’un tel réconfort. Mais je n’ai pas réellement l’impression d’être en résistance face à cette émotion. Fin… je sais qu’elle est là et c’est vrai que j’ai tendance à éviter tout ce qui pourrait la faire revenir, lui donner de la consistance. Je la tiens à l’écart pour ne pas être ensevelie et plonger donc l’abysse. Finalement, il y a peut-être trop de résistance ici. 

 

Je ressens également dégoutée envers moi-même, notamment à cause de mon comportement avec la nourriture et avec la prépa. Pour la nourriture, je me dégoute de manger comme un petit cochon, comme celle d’avant. Comme si je n’avais rien appris. J’ai fait énormément de travail sur moi, et accessoirement je me suis fait couper l’estomac, pour sortir de ça. Et moi je fais quoi ?! Je mange !! Et je m’étonne de gonfler comme une montgolfière !!! Là je sens clairement une résistance. Il y a une tension en moi que je n’arrive pas à affronter. Je mange par facilité, c’est facile, je n’ai pas à lutter. Mais je mange mal, je mange que du sucré, du chocolat, quitte à me faire vomir après. Pourquoi je fais ça ? Pour me remplir. Je me sens vide. Je me sens en insécurité et j’ai l’impression qu’en mangeant je vais refaire une coquille qui va me protéger, me remettre une couche de graisse pour me protéger. Me protéger de quoi ? Du vide. De la solitude. De l’absence de maman, de ma peur d’une vie sans elle, de ma peur d’échouer, de faire de la peine. Pour ne pas penser à tout cela je mange. J’étouffe le capharnaüm de mes peurs sous un tapi (un énorme amoncellement) de nourriture. Manger ne m’apporte rien en soit, au contraire, après je m’en veux, je culpabilise d’avoir été faible, de mettre laisser aller mais surtout d’être dans une forme de démesure. Je m’en rends malade, à m’en faire vomir, je n’ai jamais fait cela avant. Mais je me rends littéralement malade. J’ai l’impression d’être comme une junkie qui fait une overdose mais qui ne comprend pas qu’elle nourrit, elle seule, son addiction. A chaque injection de sucre dans mon corps je m’y enfonce : le besoin d’une dose de plus en plus forte et d’un effet de plus en plus long.

J’ai toujours utilisé l’image de l’alcoolique. Comme un alcoolique je consomme une drogue légale, le sucre, comme lui s’est normalisé dans notre société, et c’est même critère d’inclusion sociale : le sucre est au cœur de notre gastronomie et donc notre image la convivialité. La preuve, première chose que je fais pour me faire accepter, notamment au travail, je ramène des sucreries pour les autres. Si jusqu’à maintenant j’arrivais à me contenir, aujourd’hui je n’ai pas du tout réussi. 

Ma psychologue m’a expliqué qu’elle avait réussi à se désintoxiquer du sucre en un an, en supprimant le sucre. Peut-être que je devrais essayer. Il faut que je me recentre sur moi. Que je devrais essayer de me détacher de la nourriture afin de mettre un nouveau rapport avec cette dernière. Contrairement à un alcoolique, ou une junkie, je ne peux pas supprimer la nourriture de ma vie. Je suis obligée de manger, pour vivre, c’est un besoin vital. La difficulté c’est que je ne suis plus dans la satisfaction d’un besoin comme dans la philosophie épicurienne, je suis dans l’excès. Si je ne peux supprimer la nourriture de ma vie, je peux essayer de supprimer ce qui est addictif dans la nourriture donc le sucre et le sel. Cela fait quelques jours que je réfléchis à faire un jeûne justement pour me remettre d’équerre. [Pour l’instant je ne l’ai pas fait, je ne me sens pas prête. Je me suis documentée sur la question. Il est indiqué qu’il faut une certaine force psychique pour le tenir, concrètement pour l’heure je n’en ai pas en réserve. Avancer dans mon processus de deuil tout en préparant les écris consomment toutes mes ressources psychiques.]

 

J’ai remarqué que dès que j’étais dans une situation d’inconfort, plus ou moins important, j’allais manger. La nourriture est le remède à tous mes maux plus ou moins grave. Ainsi, si je suis en colère, je mange afin de la contenir. Si je suis triste, je vais manger afin de bloquer les larmes, comme si avec la nourriture je construisais un barrage aux larmes. Lorsque je suis fatiguée, je mange. Par exemple, je vais manger, tant pour me féliciter et me réconforter de tous ces efforts qui m’ont fatigué ; mais aussi lorsque c’est mon intellect qui fatigue avec des troubles de la concentration. Dans toutes ces situations ma réponse à l’inconfort est la nourriture alors qu’elle n’est pas nécessairement la réponse adaptée. Pas nécessairement, quel euphémisme, elle n’est presque jamais la bonne réponse. En effet, notamment pour la fatigue et la concentration, je travaille mieux après avoir fait une réelle pause où j’ai dansé, lu ou écrit. Même faire le ménage apparaît comme un dérivatif plus « sain » notamment lorsque je suis en colère.

La suite la semaine prochaine ...

Partie 3

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Au programme REBONDS on a vu que les comportements de la peur peuvent être l’assertivité, la fuite, l’agressivité et l’immobilisme. Je suis dans ce dernier cas. J’ai peur, peur de me tromper de voie. Si ma destinée était ailleurs ? J’ai peur d’échouer, encore. J’ai peur de réussir aussi, je crois. Cette peur me surprend beaucoup plus et c’est peut-être là qu’il faut que je regarde. De quoi j’ai peur si je réussi ? 

De ne pas être à ma place au final, que cela ne me plaise pas. Si au final cela ne me plaît, je ferai autre chose. J’ai plein d'idées. Je dois me donner à fond pour ne pas avoir de regret. 

De dépasser maman ? Je crois qu’il y a une part de cela, qu’elle est nouvelle, liée à sa perte. Je me suis énormément construite en opposition à maman. Là où elle était dans l'immobilisme, j’étais dans l’absolutisme et l’action. Là où elle se contentait de ce qu’elle avait « faute de mieux » je cherchais toujours à avoir exactement ce que je voulais. Là où elle donnait la sensation de subir sa vie, je me rendais active voire, à outrance, de ma vie. Et pourtant, malgré tout, je suis celle qui lui ressemble le plus je crois, tout en étant réellement différente. C’est paradoxal. Si on regarde nos vies d’un point de vue extérieur on pourrait se dire que je suis un accéléré de la sienne, problème d’estime de soi, problème avec la nourriture, burn-out, by-pass. Nous avons connu les mêmes problématiques mais nous les avons surmontées différemment. Si je semble avoir mieux dépassé les problèmes d’estime de soi et de burn-out, elle c’est la relation à la nourriture. Si avant je n’avais pas de réelles difficulté à vouloir être meilleure qu’elle, car d’un côté c’est ce qu’elle pensait et ce qu’elle voulait ; aujourd’hui j’ai du mal avec cela. C’est dû à sa mort. 

Je pense pouvoir dire que la mort sacralise la personne et nous la rend presque parfaite. On sait qu’elle avait des défauts, qu’elle a commis des erreurs mais on les occulte car on ne dit pas du mal des morts, on ne pense pas du mal des morts, sauf lorsqu’ils ont été de leur vivant, l’incarnation du mal. Appliqué à ma mère cela donne que je ne veux plus la dépasser, je crois, alors que c’était ce qu’elle voulait pour nous. Elle voulait que nous soyons acteurs de nos vies là où elle l’avait subi, elle voulait que nous soyons heureux, réellement, alors qu’elle ne l’a pas été autant qu’elle le méritait. 

 

Tout le monde voit en moi une autre version d’elle car je suis celle qui malgré tout a été la plus influencée par elle. A présent je me rends compte que notre relation était bien plus fusionnelle que ce que je pensais. Je suis une extension d’elle, je ressens ma vie comme une imitation de la sienne alors que je cherchais à transcender tous les maux de nos vies, de sa vie. Chaque source de son mal être qu’elle m’a exprimé durant des années j’ai cherché à lui prouver que nous pouvions retourner la situation, pas juste moi mais nous. Elle n’a pas pu réaliser ses rêves d’enfant, alors je réaliserais mes rêves d’enfant grâce à elle. Nous étions sous-estimées par la famille, la société, par ma réussite, grâce à elle, j’allais montrer que nous étions câbles et meilleures qu’eux. Là où elle était triste, elle n’arrivait pas à avancer, j’étais joie et résilience, pour nous deux. Je voulais être sa source de lumière. Lorsque j’ai vu sa joie extérieure s’éteindre j’ai voulu la rallumer dans sa vie pour nous deux. Je voulais irradier de joie pour éclairer nos deux vies. Et je n’ai pas réussi. Malgré tout ce que j’ai pu faire, elle ne s’est pas rallumée, n’a pas connu le bonheur, elle n’a pas été heureuse, elle n’a pas été fière d’elle. 

 

Il faut que je me libère de ça. Il faut que je naisse au monde, j’ai fait un concentré de sa vie sur les trente premières années de ma vie. Elle n’est plus, je dois me libérer et transcender cela. Je ne suis pas elle, je ne suis pas une extension d’elle, je ne suis pas un pâle reflet d’elle. Nous avons des ressemblances, c’est normal, c’est ma maman et c’est elle qui m’a élevée, qui a fait de moi celle que je suis. Mais justement, toute sa vie elle a ouvré à nous donner, à me donner, tout ce qu’elle pouvait afin que je puisse être meilleure qu’elle. Il n’y a pas lieu de comparer nos vies et de les juger pour savoir qu’elle est la meilleure. Nous nous ressemblons, mais nous sommes différentes. Même si c’est elle qui m’a façonné principalement, mon père a aussi influencé ma construction identitaire et psychique. 

De mon père j’ai hérité une force de caractère, une capacité de travail, le goût du perfectionnisme, un certain sens de la famille, les bases d’une estime de moi. Contrairement à ma mère mes deux parents m’aiment, et surtout je le sais, j’en suis convaincue, même si nous n’avons pas les mêmes langages. Mes parents sont fiers de moi. J’ai une véritable relation avec mes deux parentes. Certes différentes avec chacun d’eux car ils sont différents et que notre relation n’a pas la même histoire. Mes deux parents ont toujours cherché à me donner les outils afin que je devienne une adulte autonome, indépendante et heureuse. Pendant longtemps j’ai cru que je devais les rendre fière et que le seul moyen était de réussir professionnellement avec une profession qui « en jette ». Mais ils sont déjà fiers de moi. Ils veulent juste que je me sente bien là où je décide d’être. Que ma vie soit plutôt source de joie et d’épanouissement. 

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 4 

Nous vivons dans une forme de dictature du bonheur. Il faut agir pour l’atteindre, on y arrive et fin. Pourquoi une telle image ? Dans les récits, les contes pour enfants, le héros doit lutter, mener une quête afin d’améliorer sa situation, sa vie. Et puis il réussit. Si c’est une fille, elle rencontre son prince et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, et fin. Ainsi le bonheur, être heureux apparaît comme la fin de l’histoire. Il n’y a pas lieu de la raconter. Tous les récits racontent le malheur, la tristesse, ou du moins la quête d’un meilleur. Il n’y a pas de récit véritablement d’un personnage heureux. Le bonheur ne se raconte pas. Dans les récits vous aurez toujours une personne qui semble être heureuse, qui va bien. Il n’aura qu’un rôle secondaire dans le récit. Il prendra une place importante dans le récit soit quand on apprend, qu’en réalité, ce bonheur n’est qu’une façade, que comme les autres, il est en quête et qu’il est malheureux. Soit parce que sa quête du bonheur est finie, qu’il a déjà atteint son épanouissement et donc il est là tel un sage qui va guider le héros, mais son histoire, à lui semble s’être arrêtée à partir du moment où il a atteint son bonheur.

 

Cette image biaise la réalité. Tout est changement. Tout est perception. Rien n’est véritablement constant. Le bonheur, l’épanouissement se vit au quotidien. Ce n’est ni un horizon qui s’éloigne continuellement, ni le sommet d’une montagne qui implique forcément une redescente, sauf à rester en haut. La vie est un chemin qui ne connaît de fin que dans la mort, et encore en fonction des croyances, il n’y a même pas de fin. Le bonheur, dans la religion chrétienne, est lié à la mort et à la fin du temps. Une fois mort, on atteint le paradis, et là on connait, enfin, le vrai bonheur constant, celui que nous cherchons vainement ici. Le bonheur total, constant, immuable n’existe que dans le paradis, c’est-à-dire dans la mort, dans un univers où le temps et donc le changement n’a pas de prise.

 

Cette vision des choses marque fortement notre inconscient. On peut avoir tendance à penser que la vie est une croix à porter, tel le Christ, que le bonheur est un horizon, que dès lors qu’on atteint un objectif qui nous rend heureux on doit trouver le prochain, qui doit nous rendre encore plus heureux. Il y a ainsi un paradoxe, on veut toujours plus de bonheur, on accumule des petits bonheurs éphémères tout en les dévalorisant dans cette quête d’un nirvana qui semble être un horizon ou un mirage. On ne sait pas réellement ce qu’il y a après la mort. Se dire que le bonheur, le nirvana, seul vrai objectif n’est pas atteignable dans cette existence crée un état de frustration. Or cette frustration nous conduit à la multiplication des désirs sans jamais atteindre l’harmonie. Cette dissonance peut nourrir une forme de mal-être. Finalement le nirvana est un idéal qui, comme tout idéal, est inatteignable dans notre humanité. Afin d’être épanouis, globalement heureux, il faut apprendre à apprécier les petits moments. Le bonheur est, notamment, dans les choses simples : une balade sous le soleil, lire un livre devant un feu de cheminé, être auprès des gens qu’on aime, trouver du sens dans nos actions. Notre vie ne s’arrête pas tant que nous ne sommes pas morts. Cette phrase qui semble être une lapalissade me semble bien plus profonde qu’elle n’y paraît. Si l’on conçoit le bonheur comme une fin en soi, un objectif, alors cela nie l’évidence même que la vie va continuer. Vous vous dites je serais heureux si je fais ça, si je deviens ça. Une fois que je serais comme ci ou comme ça, une fois que je ferais ça alors je serais heureux. Cela sous-entend un heureux pour toujours. Or c’est faux. Le toujours n’existe pas dans l’existence humaine, il n’existe que dans la mort. Et encore rien n’est sûr. Vu que personne ne connaît cette expérience. Le bonheur ne peut être un point fixe. Il faut trouver un équilibre. La vie est changement. Afin d’être globalement heureux, épanouis dans notre vie il faut conjuguer les petits bonheurs simples qui nous permettent de continuer notre quête d’un épanouissement global. Le bilan se fait à la fin de notre expérience de la vie.

 

Pour en revenir à moi, je dois déconstruire cette croyance de la quête d’un nirvana absolue, qu’il n’y a que ça qui compte et qu’il est forcément unique. Quel que soit le projet sur lequel je décide de me concentrer il ne sera pas la solution miracle. Ce n’est pas parce que je l’atteindrais, que je le réaliserais que je serais heureuse et épanouie pour le reste de mon existence, dans chaque instant de mon existence. C’est une perception fausse de la vie. Elle est par nature inconstante et multiple. A vouloir en faire une unité figée je me crée de l’inconfort. Je me mets en résistance au monde. L’unicité que je cherche dans cette quête d’identité est un leurre. Je suis unique dans le sens où je ne suis le clone de personne. Je ressemble à ma mère, mais je suis différente. Je ressemble à mon père, mais je suis différente. Je peux avoir des points communs avec plusieurs personnes mais je ne suis pas eux. Je suis pluriel. Nous sommes pluriels. Pour nous définir nous utilisons plusieurs mots, plusieurs adjectifs pour nous décrire. Il va y avoir une tendance à utiliser ces adjectifs comme des finalités qui nous enferment. Je suis ça ou ci mais que ça ou ci. Or notre identité est plurielle : nous somme ça et ci pour un temps plus ou moins long, nous agissons comme ça ou comme ci dans tel ou tel environnement. Je suis moi, dans une forme d’unité mais « moi » est changeant car la vie n’est que changement. Finalement peut-être qu’elle était là la clé du bien être : accepter cette pluralité du moi, avoir conscience que cette pluralité même est évolutive et que la fin n’existe pas réellement, il y a toujours une suite, même si elle n’est pas contée.

 

***

 

Alors qu’est-ce que je veux être en ce moment ? Qu’est-ce que je souhaite ? Quel est le chemin sur lequel je peux réunir le plus de petits bonheurs, d’avoir le sentiment d’être le plus à ma place ? Qu’est-ce qui est important pour moi, là, actuellement ? Je veux rendre fière ma mère, surtout elle. Je veux lui montrer, s’il y a la moindre chance qu’elle me voit, qu’elle a réussi. Qu’elle m’a tout donné  afin que je transcende nos vies. Je veux, par ma réussite, lui prouver qu’elle a réussi. Elle se moquait au fond de mon métier, elle voulait juste que je m’y épanouisse là où elle n’a pas connu ça.

 

Alors est-ce que je pense pouvoir m'épanouir en tant que juge ? Spontanément la réponse qui me vient c’est oui. J’aurais ce sentiment d’être utile. Je n’aurais pas forcément le même rapport aux gens mais je serais utile. J’aurais la stimulation intellectuelle. J’aurais des challenges intellectuels quotidiens.

 

Toutefois je souhaite avoir un réel équilibre entre ma vie privée et ma vie professionnelle. Cette question est une projection trop lointaine car elle implique des potentialités que je ne connais pas encore. Mais j’ai les outils pour trouver un équilibre le jour venu. Donc là maintenant, au 30 mars 2024, je décide quoi ? J’ai peur d’échouer tout comme j’ai peur de réussir. Car finalement ce qui adviendra après m’est inconnu. Quoi que je décide tant que je le fais en mon âme et conscience en vue de mon épanouissement, mes parents seront fiers de moi et à mes côtés. Ils veulent que je vive ma propre vie, pour moi, du mieux que je puisse. Ils n’exigent pas de moi que je sois plus que parfaite, que je sois continuellement heureuse et joyeuse. Ils n’exigent rien de moi. Ils souhaitent juste que je m’épanouisse.

 

En ce jour, je décide donc de faire de mon mieux pour ouvrir le plus de portes possibles à mon épanouissement. Être juge est une vocation mais cela ne limite en rien mon identité car elle est plurielle. Ce n’est pas parce que je réussie ou non le concours que j’aurais de la valeur, je serais heureuse, aimée, reconnue. Ce n’est pas le facteur exclusif de mon épanouissement. Cela peut être un terme et je dois l’explorer réellement. Si je reste en surface je regretterais de ne pas être allée au bout.

 

Ce qui est aussi important pour moi est d’assainir ma relation à la nourriture. Je ne veux plus être cette junkie. La nourriture j’aime ça et elle est essentielle à ma vie. Je ne peux la supprimer telle une drogue. Mais je peux faire évoluer mon rapport à elle. Elle n’est pas la baguette magique à tous mes maux, et elle n’est pas non plus leur unique cause. Certes lorsque j’ai une variation émotionnelle je la tais par la nourriture et ce n’est pas son rôle. La nourriture est là pour répondre à mon besoin de faim physique. Mes autres besoins je dois leur trouver une réponse adaptée. Arrêter de mettre de l’essence dans mon moteur s’il me demande du liquide de refroidissement ou un nouvel alternateur. Ma relation à la nourriture est le reflet de ma relation à mes émotions.

 

Peur et tristesse vont être très présentes pendant quelque temps. C’est comme ça. C’est normal. Je dois les écouter, elles ne vont pas être là réellement tout le temps, elles vont s’exprimer, du moins chercher à le faire. Je dois les écouter et donner à chacune sa juste place. Ainsi la nourriture à sa place de besoin vital pour le système, l’enveloppe, comme la soif et le sommeil. Et toutes les émotions sont des besoins vitaux pour l’âme et l’esprit. Chaque besoin à sa place pour que le « MOI » avance.

 

Je fais de mon mieux. Je pose les basses aujourd’hui de la femme que je veux être. Je veux être une femme épanouie dans son travail, et je crois que j’aimerai bien être juge. Je veux être une femme qui aime son corps. Je veux être une femme qui existe en dehors de son travail. Je veux être une femme qui profite des petits moments et qui a conscience qu’un nirvana immobile est impossible dans cette existence. Je veux être « MOI » dans la pluralité de mon identité.

Révélation 

Pages écrites le 16 avril 2024

Partie 1

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Cela fait plusieurs jours, presque des semaines que je n’ai pas écris alors que cela me fait du bien. Aujourd’hui plusieurs vérités m’apparaissent. J’en ai conscience depuis un certain temps mais, aujourd’hui, je crois que j’ai envie de les affronter, que je suis prête afin d’ensuite pouvoir les mettre à distance. 

1er vérité : Maman est véritablement partie. Il n'y a plus de marche arrière possible. La dispersion des cendres est dans une dizaine de jours. Papa prépare tout. Et je suis dans le déni. Je sais que maman est morte mais tous les rêves que j’ai pu faire où elle revenait pour nous, qu’elle n’était morte que pour les autres, mon inconscient y a cru. Il y a vu un infime espoir totalement irrationnel et s’y est agrippé. Sauf que la réalité me rattrape. C’est faux, ce ne sont que des rêves. Et là c’est vraiment la fin. Nous allons disperser ses cendres au large. Je n’aurais jamais cru que j’aurais à vivre cela. Ça arrive tous les jours, à tant de monde. Mais j’avais cette illusion que ça n’arrive qu’aux autres, que nous, notre famille était épargnée. Encore une fois, je sais que c’est une illusion. Malgré le silence générationnel, les secrets de famille, je sais que nous ne sommes pas épargnés. Ma sœur qui est malade, mes grands-parents qui dépérissent, la mort de ma cousine, mon oncle malade depuis plus de dix ans. Puis les secrets : ma grand-tante qui a perdu un fils, l’autre qui a perdu son bébé et la chance d’en avoir un autre, mon arrière-grand-père qui a été prisonnier de guerre une ou deux fois, la perte d’un enfant par mes grands-parents etc… 

Cependant j’avais cette illusion que ça n’arrive qu’aux autres. Avec cette compassion hypocrite du « je suis là pour eux, je compatie mais heureuse que moi ça ne m’arrivera jamais ». La bonne blague. Ça m’est arrivée, ça nous est arrivé : nous avons perdu maman beaucoup trop tôt. C’est injuste. C’est comme ça mais c’est injuste. 

 

2e vérité : ça ne va pas. Je ne sais pas où est le faux semblant. Je ne sais pas si je fais semblant d’aller bien ou d’aller mal. Mais y-a-t-il ne serait-ce que du faux semblant et une réponse ? Aux vues de l’état de mon appartement et de mes crises de boulimie, là incontestablement, ça ne va pas fort. Et aucun effort pour prétendre le contraire. 

Aujourd’hui ça semble aller un peu mieux, je me suis levée et j’écris au lieu de retourner me coucher sous ma couette après avoir pris mes médicaments. Autre indicateur, je ne suis pas encore jetée sur la nourriture. D’un côté je me suis levée cette nuit pour manger, poussée par une pulsion irrépressible. Le hasard faisant bien les choses je suis tombée sur la publication de psychologue du net sur les kilos émotionnels. 

Si j’ai réussi à détacher les émotions positives de la nourriture je n’ai pas totalement réussi avec les négatives. En écrivant ces mots, une partie de moi se demande si j’ai réellement réussi ou si c’est juste une impression car je les ressens si peu ces derniers temps. Je crois que j’ai fait un gros travail pour détacher mes émotions, quelles qu'elles soient, de la nourriture mais qu’aujourd’hui, du moins en ce moment, j’ai l’impression de ne pouvoir faire face au chagrin sans elle, ce qui crée du lien. 

Lorsque je mange de manière compulsive c’est pour anesthésier mes ressenties, mes émotions. D’une certaine manière, cela me connecte à Maman qui nous faisait des gâteaux, des crêpes pour nous réconforter. Elle nous disait « je t’aime » par la nourriture. En mangeant j’ai l’illusion d’alimenter ce lien. Je sais que c'est une illusion trompeuse et restrictive. D’une part car le lien s’alimente seul de par notre amour et les souvenirs. D’autre part car je nous réduis aux anciennes versions de nous. Maman et moi avons combattu l'addiction à la nourriture toute notre vie. Mais maman, depuis son bypasse, avait gagné ! Tous ses mécanismes ont été inversés. Elle a réussi à « se libérer » de la nourriture. C’est celle pour qui l’opération a le mieux marché et surtout qui a su tenir dans le temps. J’avais une certaine jalousie n’ayant pas réussi. J’ai regrossi. Cela me mettait en colère quand elle m’en parlait. Une part de moi lui en voulait de me faire des remarques sur ça car c’est d’elle que j’ai hérité ce rapport à la nourriture. C’est elle qui a induit en moi cette croyance que le réconfort émotionnel est dans la nourriture. Donc je lui en voulais de me faire des remarques sur mon poids alors que c’est elle qui a planté les germes en moi. J’avais l’impression qu’elle ne voyait pas le conflit que cela faisait naître en moi. Je lui en voulais de m’avoir transmis ce mode de fonctionnement, de stigmatiser que je n’en étais pas sorti et de s’en être sortie. 

J’écris au passé alors que je sens ces mots réveillent des émotions présentes. C’est encore ma réalité mais j’ai honte et je culpabilise de penser ça. Pourquoi ? Parce qu’elle est morte ! Comment pourrais-je lui en vouloir ? Elle a droit à cette robe de perfection qu’offre la mort. On ne dit pas du mal des morts. Toutefois, une des étapes du deuil et de la guérison est l’acceptation. Il faut accepter la réalité telle qu’elle est dans sa globalité. Cela inclut d’accepter l’évidence de la mort mais également donner leur juste place à ses défauts, à ses erreurs, à ses qualités et ses réussites. Afin de continuer à avancer je dois me pardonner, lui pardonner, nous pardonner et ça passe par une acceptation de tout. Certes cette relation à la nourriture me vient d’elle mais c’est moi qui continue de l’alimenter. Elle, elle a réussi à s’en détacher. J’avais réussi pendant un temps. Après le by-passe la nourriture n'avait plus tout à fait la même place. Mais je m’aperçois qu’en réalité je n’ai pas réellement cassé la chaîne entre émotion et nourriture. J’avais toujours de la nourriture réconfortante, j’avais toujours beaucoup de nourriture chez moi. Mon corps était un obstacle mais les mécanismes psychiques étaient toujours là. J'achetais toujours trop de nourriture, avoir toujours les placards pleins par peur du manque, du vide. Le vide des placards, reflet du vide de mon cœur, mon sentiment de solitude. D’ailleurs je m’aperçois que le recul de mon côté matérialiste s’est développé avec l’acceptation de la solitude. Quand j’ai appris à apprécier ces moments avec moi-même je n’avais plus besoin d’être dans l’accumulation des objets. Si j’y arrive avec les objets, notamment les sacs, je peux y arriver avec la nourriture. 

Au travail, lieu de stresse par excellence, j’avais toujours des bonbons, des gâteaux. Pourquoi ? Un, pour être sûre d’avoir mon remède. Au lieu de gérer le stress, la colère, la peur, la fatigue, je mangeais. J’occultais mes ressenties pour être « professionnelle » et faire mon travail coûte que coûte. Ainsi je n’ai absolument pas travaillé sur cela, ou qu’en surface, me réfugiant derrière l’effet baguette magique de l’opération. 

Deux, pour me faire des amis. Je suis arrivée à Fontainebleau en ne connaissant personne. J’étais seule et l’homme que j’aimais me quittait car il ne se sentait pas en couple, que finalement il ne m’aimait pas, tout simplement. J’étais seule : ma pire angoisse. Je devais vite me faire des amis, et quoi de mieux que la nourriture pour ça ? La convivialité, chez nous, dans la culture française, passe beaucoup par la nourriture. Je crois que dans toutes les cultures, l'hospitalité renvoie au gîte et au couvert. Je donnais l’image d’être une bonne vivante, conviviale, joyeuse, croyant que ça cacherait mes défauts et qu’ainsi les gens m’aimeraient. 

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 2

Aujourd’hui ce rapport à la nourriture me fait véritablement du mal. Cela a toujours été le cas mais cela a une dimension autre maintenant. Je le vis comme l’échec de mon existence, presque plus que tous mes échecs amoureux ou professionnel. J’y travaille depuis 2019, c’est le combat d’une vie. J’y étais presque arrivée et ça s’effondre. Je le vis mal, car sans être au stade où je déteste mon corps actuel, je me préfère plus mince. Il y a différentes raisons, certaines sont futiles comme mes vêtements. J’aime les vêtements que je me suis achetée dans les petites tailles, je me trouve véritablement belle dedans, un peu plus que simplement jolie. Après il y a aussi des raisons moins superficielles : je me sens en meilleure forme, le sport est plus facile, je dors mieux, je fonctionne mieux et me sens plus « moi ». Et je le vis mal maintenant car je sais que ça aurait rendu ma maman fière et heureuse que je garde la ligne. 

En réalité lorsqu’elle me faisait ces remarques sur mon poids, et ce depuis toujours, je crois qu’indirectement, plus ou moins consciemment, c’était des critiques tournées vers elle, en partie. Elle avait conscience que mes troubles alimentaires venaient d’elle. Or la connaissant je suis certaine qu’elle portait le poids de cette culpabilité. Ne sachant comment la gérer elle faisait des remarques. Au fil du temps j’ai commencé à accumuler certains savoirs théoriques sur les troubles alimentaires. 

Au cours de cette année d’introspection et de travail sur moi-même j’ai exploré plusieurs pans du développement personnel. Ces derniers jours j’ai écouté le podcast d’une fille qui explique que le processus de guérison implique de faire le deuil de l’ancienne version de nous. Je crois que cela résonne en moi aujourd’hui car je suis prête à l’entendre. Ces mots ont été un déclic je crois et m’ont permis d’avoir une nouvelle perspective. 

Au cours du programme, ou avec la naturopathe, nous avons travaillé sur les comportements. Ils sont induits par les émotions et les croyances. Face à un évènement je ressens telle émotion, j’y réponds par tel comportement car j’ai telle croyance. Isabelle me disait « arrête d’alimenter l’égo, le personnage ». J’avoue que j’avais du mal à comprendre. Mais là je crois que quelque chose a fait sens. Par mes comportements compulsifs j’alimente le personnage de la « Sophie » coupé de ses émotions, qui les ignore et les noie sous la nourriture. Mon comportement alimente la croyance que je n’arriverai jamais à m’en sortir car malgré tout ce que j’ai fait, je continue d’avoir ce même fonctionnement, cela ne sert à rien. C’est pour cela que je trouve que le hasard fait bien les choses. 

 

Ce matin [16 avril]  je suis donc « tombée » sur la publication sur les kilos émotionnels. Y est expliqué qu’il faut au moins un mois pour mettre fin à une mauvaise habitude. Pour les addictions, on est plus sur deux à trois mois. Je n’ai jamais tenu aussi longtemps. Je crois que c’est parce que je n’ai jamais fait le deuil de cette version de moi. Vu que je ne voulais pas être celle-ci pourquoi aurais-je dû faire le deuil ? C’était une libération. Mais lors du podcast elle explique que toute évolution suit en réalités les phases du deuil avec cette acception et donc après il est possible d’avancer. Or j’ai toujours voulu combattre le comportement et ses conséquences sur mon poids, sans réellement en accepter les causes profondes et en les travaillant. Il est peut-être là le maillon manquant de mon processus. J’ai cru être le papillon alors que je n’ai pas conscientisé la chenille et la chrysalide. 

L’encadrant lors du programme nous a expliqué que lorsque nous avions des problèmes au niveau des comportements il fallait travailler sur le niveau logique supérieur, celui des croyances. Je me demande, si en faisant ce travail sur mes croyances en lien avec la nourriture, en les acceptant, en faisant le deuil pour accepter les nouvelles le résultat serait plus pérenne. 

Ce deuil de la guérison passe avec « reparentalisation ». Les comportements compulsifs sont en lien avec des manques ressentis durant l’enfance qui se sont cristallisés dans l’inconscient. Tous les courants de développement personnel expliquent qu’il faut devenir le parent de notre enfant intérieur : accueillir ses émotions, ses ressenti et être à son écoute, être là pour lui, être le parent dont il aurait eu besoin, dont nous avions besoin enfant. Il faut accepter ce que l’on a vécu, voir quand c’est né, l’accepter, ne plus être dans le ressenti à l’égard de ses parents et aujourd’hui y répondre. Il faut accepter que ce comportement nous a permis d’avancer mais qu’aujourd’hui il n’est plus nécessaire et donc le deuil de cela doit être fait afin que le renouveau s'ancre. 


***

Ce texte a été retravaillé le 05 juin 2024. Alors que je relisais mes lignes, issu de mon Bullet journal personnel, je me suis aperçue que certaines choses avaient été mises à distance, ce d’elles-mêmes. Ma relation à la nourriture est loin d’être résolue. J’ai toujours de fortes crises de boulimie. La semaine de concours en a été une belle illustration. Je me réveille toujours la nuit pour manger. Je n’ai pas beaucoup plus travaillé en profondeur sur les comportements, les valeurs et les croyances en jeu. Néanmoins je ne vois pas cela comme quelque chose de négatif. J’ai conscience de ne pas pouvoir tout gérer en même temps. J’ai toujours voulu faire ça. Or force est de constater que cela n’est pas possible. J’apprends à l’accepter. Travailler ce comportement addictif est l’un de mes nouveaux objectifs personnels. Je veux réellement réussir à assainir ma relation avec la nourriture. Cela prendra du temps et j’espère avoir la patience pour tenir. 

Je n’éprouve plus de colère, ni de réelle jalousie à l’égard de maman. Les choses sont telles qu’elles sont. Elle a fait comme elle a pu. Je sais qu’elle ne voulait pas réellement me faire du mal avec ses mots, et ses maux. Elle voulait nous préserver et s’imputait énormément de nos défaites. Je ne pense pas être encore parvenue à la reparentalisation, C’est un long travail, qui nécessite du temps et de l’accompagnement je pense. Toutefois c’est un défi que j’ai envie de relever dans les semaines, les mois à venir. L’écrire sera sûrement l’un de mes outils de ce processus puisque c’est une ressource pour moi. 

A voir dans quelques temps où j’en serais. 

Joie

Pages écrites le 08 juin 2024

JOIE…

 

Hier j’ai eu la bonne nouvelle que j’attendais depuis plusieurs mois : je suis mutée à Toulouse !! Je suis tellement HEUREUSE !

 

Initialement je n’avais pas prévu de rentrer dans le sud-ouest avant plusieurs années, cependant avec le décès de maman les choses ont changé. Au fur et à mesure, cette envie de rentrer à Toulouse est devenue de plus en plus importante. Certes je veux me rapprocher de ma famille et mes meilleures amies, mais aussi j’aime vivre à Toulouse. J’aime passer des après-midis entières dans les rues de la ville, à la terrasse des cafés, être au soleil ! J’ai appris à aimer la forêt et sa sérénité mais l’amour de l’effervescence urbaine est toujours là en moi.

 

J’étais avec Fannie lorsque nous avons eu les résultats de notre mutation : nous quittons l’Ile-de-France toutes les deux ! Cette joie qui s’est emparée de moi… cela faisait des mois que je ne l’avais pas ressentie ! Et ça fait du bien ! Rentrer est un tel soulagement ! Je rentre, et plein de choses ont changé. Je serais proche de ma Flo et de ma Darling, fin, si elle reste en France. Je serais plus proche de ma sœur, de mon père, de mon frère et de mon grand-père, aussi.

 

C’est un nouveau chapitre qui débute ! Je ne sais combien de temps il durera, je ne sais pas encore précisément ce qui m’attend entre le tribunal et le logement, mais je suis exaltée plutôt qu’angoissée. J’ai conscience que tout ne sera pas rose là-bas, quoique, à vivre dans la ville rose, ça pourrait être possible. Mais toutes ces potentialités m’enchantent ! Je vais pouvoir me réinventer de nouveau, encore.

 

Depuis le décès de Maman j’ai ressenti des petits moments de bonheur. Je n’étais pas continuellement triste. J’ai été heureuse à Noël avec mes trois filleuls autour de moi. J’ai été heureuse lors de certains événements tels que le concert d’Harry Potter. J’ai eu des « vrais » fou rire, notamment grâce à Simba. Mais globalement j’étais triste. Maman me manque tellement. Toutes ces choses auxquelles elle ne participera plus, tous ces événements de la vie qu’elle ne vivra pas avec nous. Evidemment on pense aux étapes importantes de la vie : mariage, grossesse, enfant. C’est douloureux.

Mais la tristesse est tout aussi importante devant les choses du quotidien : ces après-midis à trier ses robes, ces journées à cuisiner des confitures ou des conserves, sa présence lors de mes semaines de concours, ses blagues salaces avec son air mutin et son amour pour le vert. Ces petites choses qui étaient des banalités qui finalement nous rendaient heureux, deviennent des moments de tristesse ou de nostalgie.

C’est ainsi que mes « crises » de tristesse sont toutes liées à ce quotidien perdu. Le premier jour, je me suis mise à pleurer devant la cocotte verte que j’avais achetée pour elle et devant le mini pot de confiture à l’ananas qu’elle m’avait fait. Petite émotion en mangeant son dernier pâté avec Fannie et François, pareil lorsque j’ai utilisé la dernière sauce tomate. Chaque bocal qu’elle m’a fait est une relique dans mon placard que je n’ose pas manger. Car après cela sera fini. Alors oui, je pourrais le faire comme elle, faire des confitures comme elle, des bocaux de ratatouille et des sauces tomates cependant cela n’aura jamais le même goût. Récemment j’ai pleuré devant une pauvre conserve de maïs car si elle avait été avec moi j’aurais eu un vrai repas. Je n’aurais pas été seule dans cette chambre d’hôtel, j’aurais été avec elle.

 

Lorsque, malgré tout, j’avais des moments de bonheur, je culpabilisais. L’idée incessante que j’avais, était : « cela ne fait que X jours, mois, qu’elle est partie, comment puis-je oser être heureuse ? ». Le deuil « m’interdit » d’être heureuse. En réalité c’est une croyance sociale. Faire son deuil reste un processus de vie de sorte qu’il ne peut être absolu. Un événement peut me rendre heureuse et triste en même temps. Ainsi, si globalement je suis triste, je peux avoir des moments heureux.

 

Depuis quelques semaines, je ne saurai dire quand précisément, j’ai cette sensation d’une légèreté. Le poids de la perte n’opprime plus ma poitrine continuellement. Je pense que c’est dû à la dispersion des cendres, mais aussi au début d’une étape du deuil : l’acceptation. Ma nouvelle réalité est sans elle physiquement. C’est un fait. Il est nécessaire de composer avec cela. Cette « neutralité » de l’absence me permet de ressentir plus de joie globalement, de me mouvoir plus légèrement dans le monde. Avec cette bonne nouvelle j’ai ressenti une joie “pure”. Bien sûre que j’ai eu envie de la prévenir pour lui crier au téléphone avec ma voix de petite fille « MAMAN ! J’ai ma mut !! » ; toutefois je n’ai pas été réellement « triste » de ne pouvoir le faire, car elle le sait déjà. Et depuis je savoure cette joie. La joie d’être heureuse a une saveur extraordinaire ! Cette envie continuelle de danser, de rire, de chanter, de faire mille projets dans tous les sens, d’être ouverte aux autres. J'ai littéralement danser de joie pendant plusieurs jours, à chaque fois que j'étais seule. Ca fait tellement de bien ! Tout cela est de retour ! J’ai la sensation de me retrouver un peu. Je serai différente à tout jamais, mais « Joie » revient aux commandes ! Et pour l’instant je crois qu’elle va y rester !

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Le syndrome de la Bella

Partie 1

Pages écrites le 18 juin 2024

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L’idée de ce texte date de plusieurs mois. Je ne l’ai pas écrit tout de suite car il me semblait dérisoire par rapport aux étapes du deuil que j’étais en train de vivre.

 

Aujourd’hui le processus n’est pas fini mais je me sens plus apaisée, je retrouve une partie de ma joie, de ma personnalité. De sorte que les questions amoureuses reprennent une certaine place dans ma vie.

Il est commun d’entendre que l’on ne peut pas être aimé si l’on ne s’aime pas d’abord, ou que l’on ne sait aimer l’autre que si l’on s’aime un minimum. J’ai toujours eu un avis mitigé sur ces phrases.

 

Tout d’abord s’aimer soi. Ce concept a, actuellement, une certaine dimension péjorative. La frontière entre l’estime de soi, l’amour propre et l’égoïsme, le narcissisme et l’individualisme est tenue. J’ai grandi entouré de personnes qui faisaient passer l’amour de l’autre avant leur amour propre. Le meilleur exemple reste pour toujours Maman.

De plus, j’ai été élevée dans la foi catholique où l’altruisme est une valeur centrale. Avec le temps je m’éloigne de cette religion pour de nombreuses raisons. Toutefois l’un de mes enseignements préférés reste « aimez vous les uns les autres ». Je l’ai sûrement mal appliqué dans le passé en aimant plus les autres que moi-même.

 

Vous l’aurez compris, ma maman a été un modèle important pour moi. Je ne sais pas réellement si elle s’est aimée, elle, un jour. Ce que je sais, c’est qu’elle n’a pas aimé son corps, elle se dénigrait beaucoup et s’estimait rarement assez bien. Dès que l’un de nous, avec mon frère et ma sœur, nous fesions preuve d’un certain égo, elle disait que ça nous venait du côté paternel. Si je ne sais pas si elle s’est réellement aimée elle, je suis cependant certaine qu’elle a aimé infiniment mon père. Elle l’a aimé plus qu’elle ne s’est aimée elle. Leur amour était réel, visible et tangible. Alors parfois leur mode de fonctionnement me semblait incompréhensible, mais c’est autre chose, et cela ne me concerne pas réellement. Leur histoire d’amour a posé des bases en moi.

 

Ainsi je sais que l’on peut aimer l’autre sans s’aimer soi, que parfois c’est bien plus facile d’ailleurs. Ils m’ont appris, volontairement ou non, que chacun a son langage de l’amour, que l’amour se prouve dans les actes, que par amour il est possible d’accepter des choses qui ne nous plaisent pas. Je pense que c’est là que se trouve la différence entre aimer et savoir aimer. Un couple qui fonctionne dans le temps est obligé de faire des concessions, c’est normal. Toutefois, il ne faut pas que l’un des deux s’oublie pour l’autre ou dans la relation, me semble-t-il, car cela créera, au fil du temps, du ressentiment.

 

Ainsi, pour parvenir à cet équilibre au sein du couple, je crois, qu’en effet, chacun doit s’aimer un minimum afin de pouvoir aimer l’autre tout en se préservant. Or, jusqu’à maintenant, je n’ai jamais réussi à faire cela. Durant l’enfance et l’adolescence j’étais abonnée à l’amour à sens unique. Pendant très longtemps, à l’école, j’avais le sentiment de ne pas être appréciée par mes camarades pour pleins de raisons. J’adore les enfants même s’ils ne sont pas toujours très gentils entre eux. J’ai toujours été « rondouillette » et cela a été source de moquerie. Après j’ai eu du mal à apprendre à lire, j’avais des mauvaises notes, ce qui dans l’école où j’étais, à cette époque-là, était source de moquerie. J’avais du mal à m’intégrer dans ma classe du fait qu’ ils se connaissaient tous depuis la maternelle et que je trainais avec les plus grands. C’est ainsi que s’est enraciné en moi l’idée que je n’étais pas assez bien pour être aimée, que je n’étais pas aimable. Je n’étais pas assez jolie car trop grosse, je n’étais pas assez intelligente, je n’étais pas assez douée dans quelque chose pour être aimable.

Mais en tant que fan de Disney je me disais que ce n’était pas grave. Cendrillon n’était pas aimée des siens et pourtant le prince est tombé amoureux d’elle avec un simple regard et une danse. Belle n’était pas très appréciée dans son village et elle a trouvé l’amour avec la Bête. Mulan était incomprise par sa famille, et en partant à la guerre elle a trouvé l’amour. Ainsi c’est par l’amour de l’autre que la nature « aimable » est révélée.

 

Puis j’ai lu les Twilight. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Bella n’est pas la personne qui a le plus d’amour propre. Au cas où certains d’entre vous n’aient pas ni vu les films, ni lu les livres, je vais vous faire un résumé des romans de Stéphanie MEYER. Je n’utiliserai que les éléments utiles à mon propos, donc cela sera synthétique. Bella, notre héroïne, rejoint son père, shérif d’une petite ville dans l’Etat de Washington alors qu’elle a toujours vécu avec sa mère en Arizona. D’après les informations que nous avons, elle n’a pas d’ami là-bas. Lorsqu’elle arrive à Forks, l’adolescente mal dans sa peau, solitaire et maladroite devient le centre de l’attention. La majorité de ces nouveaux camarades sont sous son charme, en partie parce qu’elle est la nouvelle. Toutefois il y en a un qui semble répugné par sa présence dans la classe, Edward Cullen. Malgré cela, il la sauve lors d’un accident de voiture sur le parking du lycée. A partir de là, ils vont se rapprocher et elle va découvrir sa nature de vampire. Bella ne comprend pas ce que le beau vampire immortel lui trouve. Il est beau, intelligent, doué d’un talent, fort, rapide et agile. Là où elle se trouve insipide, banale, mal à droite, fragile et faible en raison de sa moralité. Au cours du tome 2, Edward quitte Bella. Cette rupture déclenche chez la jeune fille une dépression mais elle l’accepte en se disant qu’elle n’a aucune valeur par rapport à lui. Elle est prête à se sacrifier pour lui à la fin de ce même tome. Elle ne se voit qu’à travers leur relation et estime que sa vie n’a aucune importance par rapport à celle d’Edward.

 

Voyez-vous où je veux en venir ? Je vous laisse y réfléchir et vous en direz plus la semaine prochaine.

Partie 2

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Dans ma première « vraie » relation amoureuse je n’avais aucune estime de moi. Je ne me sentais pas aimable donc j’étais prête à accepter n’importe quoi. Je ne comprenais pas comment un homme comme lui, aussi beau, aussi drôle et aussi doué pouvait être intéressé par moi. Je voyais dans ses yeux quelque chose d’autre. Je voyais une autre version de moi. Mais je pensais réellement que je ne pourrais jamais trouver mieux. Je le jugeais meilleur que moi, qu’il avait plus de valeur que moi. Je l’aimais à tel point que j’étais prête à passer l’éponge sur son infidélité. Il m’a énormément fait souffrir mais d’un certain côté c’était normal qu’il parte, je n’étais pas à sa hauteur.

 

J’ai donc reproduit le « syndrome de la Bella ». Comme elle, j’ai donné la prime à la relation, à lui. J’ai tout fait pour le garder, quitte à me perdre en cours de route. La seule chose que je voulais, que je pensais à l’époque, était que personne d’autre ne pouvait m’apprécier, ne pouvait m’aimer, donc je devais tout faire pour le garder. Quand je le décris comme ça, il doit vous paraître un peu comme un connard. Mais il m’a été bénéfique sous certains aspects. Tout d’abord, il a été là lorsque certaines personnes que je prenais pour des amis m’ont tourné le dos. Ensuite, comme nous l’avions espéré avec ma psychologue, j’ai appris, à travers son regard, à lui, à aimer certains aspects de ma personnalité. Il m’a appris que mes émotions avaient une valeur, que je pouvais les exprimer quelles qu’elles soient. Ce premier amour a été comme beaucoup de premiers amours : ravageur et initiatique. Il m’a fait grandir.

 

Je ne sais pas, réellement, si j’ai fait le deuil de cette relation. Je sais qu’il y a des chances que finalement j’ai aimé une illusion. Après autant de mensonges, comment savoir ceux qui étaient vrais. Comment être certaine que j’ai aimé la véritable personne qu’il était ? Je crois que je ne le saurais jamais, et finalement ce n’est pas grave. Je l’ai aimé, j’ai été honnête et entière dans cette relation. La petite année que nous avons passée ensemble m’a fait grandir. Quoi qu’il se soit passé entre nous, je le vois toujours comme une bonne personne qui a mal agit. C’est comme ça. Avec ces mots vous pourrez sûrement vous demander si je ne suis pas toujours amoureuse de lui. Honnêtement je ne pourrais affirmer avec aplomb que je ne l’aime plus du tout. Je crois qu’une certaine partie de moi aimera toujours cette personne. Ne dit-on pas qu’on aime toujours un peu son premier amour ?

 

 

Après cette histoire j’ai travaillé sur moi, avec ma psychologue, et j’ai appris à aimer certains aspects de ma personnalité, à tel point que j’ai eu un gros accès de mégalomanie. J’ai appris à aimer mon nouveau corps. J’ai appris à m’en servir. Je me suis rendue compte que j’avais un certain pouvoir de séduction. Cela m’a plu. Je me suis beaucoup amusée. J’ai rencontré des gens qui sont devenus des amis. Mon coté romantique n’a jamais disparu. A chaque fois que l’ombre d’une relation sérieuse arrivait, le même schéma se reproduisait : si l’homme en face de moi était disponible, là pour moi, je partais en sens inverse, alors que s’il était indisponible émotionnellement, géographiquement et humainement, je fonçais dans la relation.

 

Après quelque temps j’ai rencontré un garçon. Il était intelligent et plutôt mignon. Nous pouvions avoir de supers discussions. Cependant, pour le coup, c’est moi qui m’estimais meilleure que lui. Je n’en suis pas fière. Mais, voilà, il faut être honnête. Je m’estimais plus intelligente que lui, avoir toujours un petit truc en plus. Plus il me montrait qu’il était indisponible, plus je fonçais dans la relation. Et j’ai un gros défaut : je suis absolutiste. Je veux tout, tout de suite, et maintenant. Cela vaut aussi pour mes relations amoureuses. Je sais ce que je souhaite comme vie, donc j’ai la grosse tendance à mettre la charrue avant les bœufs. J’ai l’impression que le temps défile à vitesse grand V et que mon souhait de fonder une famille s’éloigne de plus en plus. Donc, quand je rencontre quelqu’un, je veux être sûre qu’on est sur la même longueur d’onde. Mon impulsion a dû lui faire peur.

 

Il m’a ghosté une première fois, et cela a été le déclencheur de mon burn-out. Cette séparation inexpliquée a été la goutte qui a fait tout basculer. Les conséquences de cette séparation ont été considérables. Pendant des mois j’ai eu beaucoup de mal avec ça. Je n’arrivais pas à comprendre comment il avait pu me faire autant de mal alors que je ne l’aimais pas. J’étais peut-être amoureuse, et encore, je ne sais pas, mais je ne l’aimais pas. Alors comment un homme que je n’avais pas aimé pouvait me mettre plus bas que terre ?

 

 

C’est là que revient le « syndrome de la Bella » et mon excès de mégalomanie : un homme que j’estimais de moindre valeur ne voulait pas de moi non plus. Cela confirmait bien cette vieille croyance que je ne suis pas aimable. Même une personne que je juge de moindre valeur que moi, ne veut pas de moi, donc qui le pourrait ? Soyons honnête je ne suis pas très fière de moi d’avoir eu ces pensées. Ce n’est pas glorieux. Mais c’est comme ça. Je ne cherche pas à minimiser, à me trouver des excuses, c’est comme ça, c’est un fait. Il est indéniable que celui-ci m’a aussi fait du mal. Toutefois cette relation m’a permis d’entamer un important travail d’introspection qui n’est pas encore en fini. Cela peut sembler paradoxal mais cela m’a fait du bien, le burn-out m’a fait du bien. Je vous expliquerai cela plus en détail dans un autre article.

 

Néanmoins ce que je peux dire pour l’heure c’est que prendre ce temps pour moi, pour réellement fouiller les causes de mon mal être a été bénéfique. Certaines choses en moi ont trouvé des réponses, ce qui a permis de les apaiser. J’ai eu la chance de rencontrer un psychiatre avec qui j’ai pu intensifier le travail que je conduisais depuis des années avec ma psychologue. Il m’a orienté vers ce fameux programme REBOND, où j’ai appris des choses d’une réelle simplicité mais qui ont révolutionné ma vie, dont les émotions. Ce que sont les émotions, à quoi elles servent, ce que l’on entend par « gérer » une émotion. Cela aussi sera le sujet d’un prochain article tellement il y a à dire.

 

Lorsque nous apprenons quelque chose de nouveau il nous faut du temps pour se l’approprier. Quand nous sommes enfants et que nous apprenons à compter, après on ne fait plus que ça. Lorsque nous apprenons un nouveau mot nous avons tendance à l’employer tout le temps. L’apprentissage passe par la répétition. Apprendre à reconnaitre sa valeur c’est pareil. Je me voyais comme n’en ayant aucune. Après j’ai vu que j’en avais une mais elle a été un peu trop imposante et m’a joué des tours. Ce que je dois apprendre c’est la tempérance. Cela vaut pour tous les pans de ma vie je crois.

 

 

Avec le décès de maman c’est la première fois où je ne cherche pas de relation. Je sais que je ne suis pas prête pour une nouvelle histoire. Au tout début j’avais une très forte envie de m’amuser afin de me changer les idées. Je ne l’ai pas fait. Ce n’est peut-être pas plus mal. Je me suis beaucoup refermée sur moi. Mes proches me décrivent souvent comme quelqu’un de solaire, qui va vers les autres. Là je n’allais vers personne. Je n’avais pas envie de rencontrer de nouvelles personnes. C’était trop dur. Souvent au début d’une relation on est attiré par la joie de la personne, les moments sympas et légers que nous vivons avec elle. Or je ne pouvais offrir cela. Je ne voulais pas et je n’en étais pas capable. Comment rencontrer une nouvelle personne que Maman ne rencontrerait jamais ? C’était inconcevable.

 

Certains ont pu me dire que justement c’était le meilleur des remèdes. Il est vrai qu’une personne qui te soutient dans les moments difficiles est quelqu’un d’estimable. Toutefois j’ai souvent eu tendance à utiliser mes relations amoureuses comme des béquilles, des remèdes à mes maux, et finalement cela n’a pas été fructueux. Je voulais réussir à me reconstruire seule, à déterminer de manière appropriée qu’elle était ma valeur, en la reconnaissant sans pour autant écraser l’autre. Je souhaite construire les bases d’une relation saine avec moi afin d’avoir un jour, peut-être une relation saine avec quelqu’un. Cela prend du temps, comme tout. Je doute que la patience ne devienne réellement une de mes qualités, mais je l’accepte. Pour l’heure j’apprends à découvrir ce que je veux, ce qui me fait du bien en accordant moins d’importance à ce que je crois qu’on attend de moi.

 

 

Ainsi, si je pense qu’il est possible d’aimer l’autre sans s’aimer soi, je crois que pour aimer « correctement » il faut s’aimer un minimum. Pour savoir aimer l’autre il faut savoir s’aimer soi. Une relation c’est un équilibre complexe entre le « moi », le « tu » et le « nous ». Si une des composantes étouffe les autres le risque de cassure est important. Il faut de la mesure : s’aimer un minimum afin de pouvoir aimer l’autre, cet amour personnel est la base du respect, ciment d’une relation saine avec soi et les autres.

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Le doute,
le retour

Pages écrites le 1er juillet. 

Partie 1

​​C’est la première fois que je reviens sur une thématique déjà abordée dans le blog. J’ai longuement hésité à le publier. Finalement je vous le partage car ce doute est quelque chose qui a réellement marqué mon année. Je n’avais jamais autant douté de toute ma vie sur ce que je voulais faire, ce que je voulais être. Ainsi c’est une part importante du processus de MON deuil et de mon évolution. J'insiste sur le mon, je pense réellement que toutes les personnes qui traversent une telle épreuve ne le ressentiront pas aussi intensément, voire pas du tout. Mon objectif est de témoigner de mon parcours, de partager avec vous les évolutions, quelles qu'elles soient. Donc il me semblait important de partager, quand même, ces nouvelles réflexions sur le doute. Comme ça il sera possible d’apprécier les différences liées à l’écoulement du temps. [Ecrites lors de la relecture en décembre 2024)

 

***

1er décembre 2024, 1er juillet 2024 cela va faire 7 mois. Mon ressenti par rapport à ce temps est étrange. Cette sensation que c’était hier et en même temps que c’était il y a une éternité. Aujourd’hui, cependant je suis plus sereine. Tu me manques toujours terriblement surtout en cette période de doute. Je suis certaine que tu sais dans quel état d’incertitude je suis et à quel point cela me met mal à l'aise. 

Le doute. C’est un ressenti que je n’ai que peu connu, d’un point de vu professionnel. Avant le burn-out, j’étais persuadée que je voulais être juge (depuis que j'ai 8 ans). Après en avoir discuté avec Papa et toi au début du burn-out, en réalité, à cet âge là je voulais être avocate, ou m’occuper des chevaux si je n'arrivais pas à apprendre à lire. Ce n’est qu’au lycée que je suis passée sur ce souhait de la magistrature car plus conforme à mes valeurs. Mais en tout cas, toute mon enfance et mon adolescence, je savais précisément ce que je voulais être, juge. C’était une certitude aussi inébranlable que la Terre tourne autour du Soleil. 

Une seule fois je me suis demandée ce que je ferais si le droit ne me plaisait pas. C’était à la fin du lycée et au début de la fac de droit. Je pensais faire de la philosophie. Le droit m’a plu. J’ai adoré mes études. Ce n’était pas toujours facile mais ça me plaisait. 

 

Puis il y a eu le burn-out tel un tsunami. Toutes mes barrières psychiques ont explosé. Décrire le burn-out c’est très particulier, je ne sais pas si c’est réellement possible. Mais l’image du barrage qui cède et d’une immersion totale est plutôt bonne. Toutes mes problématiques m’ont submergées et le doute était partout. Je n’avais plus aucune certitude. Je ne savais plus ce que je voulais faire de ma vie. Je ne savais plus qui j’étais, si seulement je l’avais su un jour. Le doute était le nouveau court d’eau de mon existence. Il s’est infiltré partout. L’eau a cette faculté tout comme lui. 

En juin 2023, pendant mon programme Rebonds, j’ai fait la liste de mes « projets fous ». Si dedans il y a devenir magistrat il y a une dizaine d’autres projets, dont la majorité n’a rien à voir avec le droit. Il y avait plusieurs raisons à cette décision de repasser le concours. Je ne voulais pas avoir de regret et me dire « Et si je l’avais fait ». J’avais peur d’échouer mais j’avais peur de vous décevoir, Papa et toi. Puis je voulais prouver à tout le monde, et à moi, que j’en étais capable. Donc je me suis inscrite à la prépa. 

 

En décembre tu es partie. Je me rappelle avoir dit à Fannie, le jour même, que je devais prévenir le ministère car je ne pourrais pas passer le concours, que je ne pourrais pas suivre la préparation. Finalement, en janvier, j’ai repris la décision de passer le concours. Je voulais aller jusqu’au bout. Je voulais te rendre fière. Je voulais concrétiser tout ce que nous avions mis en place pour que ce rêve soit possible. Cela a été dur de tenir. J’ai eu énormément de période de doute. Il était réellement la rivière au bord de mon chemin. J’ai pensé plusieurs fois à abandonner, à arrêter. Cela m’a inspiré de nombreuses pages car c’est réellement quelque chose qui me travaillait. Et puis tu n’étais pas là. 

Si tu avais été là, je t’aurais appelé. Tu m’aurais dis que je pouvais y arriver, qu’étant ton boudoudou je pouvais réussir tout ce que j’entreprenais. Tu aurais peut-être eu d’autres mots. Mais ce sont ceux que j’imaginais, donc j’ai tout fait pour tenir bon. J’en ai parlé avec Flo, beaucoup, souvent, quitte à parfois lui casser les oreilles avec ça je pense. A plusieurs reprises je me suis dit, allez j’arrête, pour au final m’y remettre. 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 2

Pourquoi tant de doute ?! Il y a tellement de raisons plus ou moins conscientes.

Tout d’abord je voulais vous rendre fiers, Papa et toi. J’avais peur de vous décevoir si je changeais d’avis. Ensuite parce que je me suis toujours définie par rapport à mon travail. Nous avons tous tendance à nous définir par rapport à certains critères, et les miens étaient que, quand je serais grande, je serais juge. C’est une forte croyance dont je parlerai plus tard. Mais sans trop dériver de ma thématique du jour, le doute, je dirais, que cette croyance conditionne mon identité et ma vision du bonheur. J’étais persuadée que je ne serais moi que lorsque je serais juge, que je pouvais être que ça, que tant que je n’étais pas juge je n’étais pas véritablement moi, et que ce n’était pas très grave car je n’étais pas « grande » c’est-à-dire adulte. Or, cette croyance influence ma vision du bonheur. Je fais un lien entre être adulte et être heureux.

 

Je suis en train de déconstruire cette idée que je ne serais réellement heureuse qu’en étant juge. Cependant cela crée du doute, et là on est plus sur un fleuve calme mais sur une cascade qui secoue. J’ai grandi avec cette idée que je ne serais heureuse que lorsque je serai juge. Il était donc normal que je supporte d’être un peu triste, que ce ne soit pas facile tous les jours.

 

Lorsque j’écris ces mots, cela me fait penser aux chrétiens qui attendent le salut dans la résurrection, que le vrai bonheur est dans la cité céleste. Ainsi il faut surmonter toutes les épreuves que nous envoient Dieu, il ne nous en demande jamais trop. Il ne nous envoie que ce qu’il sait qu’on peut affronter. Cela justifie que le bonheur ne soit pas immédiat, pas dans cette existence. C’est valorisé avec la béatitude des saints qui souvent sont des martyres.

 

Sauf qu’aujourd’hui je ne vois plus le monde de cette manière. J’ai pris conscience que le bonheur n’est pas la fin de l’histoire et qu’il ne faut pas le concevoir tel un horizon. Le bonheur, c’est un état d’esprit induit par un tas de choses. Quand j’ai compris que je pouvais être heureuse et malheureuse partout, le doute m’a saisi. Plus aucune certitude, je n’avais plus aucun repère de quand je serais ci, ou ça, quand je ferais ci ou ça je serais heureuse. C’est extrêmement libérateur mais la liberté fait peur comme nous le rappellent les philosophes de tout temps.

Je me suis retrouvée à douter de tout. J’avais cette sensation que je ne savais plus ce que je voulais ou ne voulais pas. Que je ne savais plus qui j’étais car je ne savais pas ce que je voulais. Arithmétiquement parlant je suis adulte et pourtant au regard de mes réalisations je ne me sens pas adulte. 

 

Toutefois, aujourd’hui, je pense avoir trouvé un régulateur au flot du doute. J’ai commencé la préparation pour les oraux de la magistrature depuis quelques semaines. Pour l’une des épreuves il faut expliquer pourquoi nous voulons être magistrat et pourquoi le jury devrait nous choisir nous. Il nous est également recommandé de travailler des réponses sur des questions relatives à ce qui nous attend durant les 30 mois de formation afin de prouver au jury que nous avons conscience de ce qui nous attend. 

J’ai dû faire ce constat : mes raisons de vouloir devenir magistrate sont fragiles. Les inondations provoquées par le fleuve du doute ont fragilisé les bases de ce choix. Elles ne  m’apparaissent plus comme des raisons de façades, polies, que réellement comme des raisons qui me font battre le cœur, qui m’enflamment et m’habitent comme ce fut le cas avant. Je n’ai pas réellement envie qu’ils me choisissent justement car j’ai conscience de ce qui m’attend durant la formation. Ce n’est plus ce dont j’ai envie. 

Durant ces 30 mois de formation, le rythme est extrêmement soutenu, il faut bosser nuit et jour, durant les week-ends et les vacances. L’auditeur de justice est continuellement évalué que ce soit à l’école ou en juridiction. Il faut bouger entre Bordeaux, là où est l’école, et les juridictions où nous sommes en stage avec la logistique que cela implique. 

Je ne veux pas de cela. Je ne dis pas que je renonce pour toujours. Mais pour l’instant je ne veux pas de ça. Je ne veux pas que ma vie tourne entièrement autour de mon travail, ce d’autant que je ne suis pas entièrement certaine que j’y serais heureuse. L’idée de rentrer à Toulouse m’enthousiasme plus que de réussir les écrits. 

Cela m’a prit du temps à comprendre. Comprendre que je n’étais pas qu’un métier, que ce n’était pas forcément le travail qui me rendrait heureuse. Celle que je suis aujourd’hui aspire à d’autres choses, notamment et surtout à l'écriture. J’ai envie d’écrire, de raconter des histoires, de mettre en mots toutes les images qui défilent dans ma tête. Je veux avoir une certaine forme de stabilité financière qui me permette de vivre correctement. Mais je veux également un travail qui me permet d’avoir du temps pour moi, d’avoir une vie en dehors, de continuer mes passions, de continuer à découvrir celle que je suis, à continuer cette introspection. 

 

Ainsi, après en avoir parlé avec mes proches, l’avoir dit à Papa, je te le dis Maman, je ne pense pas que je passerai les oraux quelque soit les résultats dans quelques jours. Je ne dis pas que je ne deviendrais jamais juge, mais ce n’est pas mon heure. Je ne suis pas prête. Les doutes sont toujours là, notamment car j’ai peur que ce soit une erreur de « renoncer » à ce stade. Néanmoins je me sens apaisée avec cette décision. Le brouhaha de la cascade des doutes semble s’être tarie. J’ai envie de débuter cette nouvelle aventure toulousaine où j’apprends à être heureuse chaque jour, et à être sans chercher à me définir. Les doutes seront toujours là mais ils sont le propre de notre existence. Avec cette décision j’ai l’impression de me retrouver, un peu, comme si je me révélais enfin à moi alors que je n’avais pas forcément conscience de m’être autant perdu. 

 

Écrit le 20 décembre : Finalement je n’ai pas été prise pour passer les oraux, ce qui m’a permis de le vivre encore mieux. J’étais tellement soulagée par ce choix de réappropriation de mon existence que je n’ai même pas été voir mes notes. Je les ai reçus il y a quelques semaines. J’étais à quelques points du dernier admissible aux oraux. Mon père, et d’autres, m’ont dit que cela devrait me motiver pour retenter ma chance. Honnêtement, non, toujours pas. Les doutes identitaires sont toujours présents mais celui-ci n’en est pas un. Pas de doute : je ne veux plus être juge pour l’instant. 

 

Et vous, avez vous déjà été confronté à un tel doute? Comment vous en êtes-vous sortie? 

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La solitude

Pages écrites le 18 août 2024

Partie 1

Depuis mon retour sur Toulouse mes doigts me démangent, j’ai envie d’écrire. Je me suis « forcée » à attendre la plus possible en sachant que quand je m’y mettrais, je n’arriverai pas à m’arrêter. Ce soir je m’accorde enfin ce moment, cette récompense. Plusieurs thématiques trottent dans mon esprit mais pour les autres,  les mots ne semblent pas encore prêts à être posés, alors je vais écrire sur la solitude.

Celles et ceux qui me connaissent dans la vraie vie savent que j’avais un rapport compliqué à la solitude. C’était ma pire ennemie. Je n’aimais pas du tout être seule. Au bout de quelques jours sans voir personne je vrillais, mes crises de boulimie étaient plus intenses. Avec le burn-out j’ai appris à aimer la solitude, à ne plus la voir comme quelque chose de néfaste, mais comme une pause et un moment de rencontre privilégié avec moi-même. Si avant je n’arrivais pas à faire des trucs seule, aujourd’hui, j’ai des activités que je ne veux pas partager, ou alors avec certaines personnes bien précises. Cette évolution dans ma relation avec la solitude est une illustration du chemin d’introspection que j’ai parcouru, il me semble. 

Avant, la solitude était pour moi synonyme de mal être, de tristesse, et de crises d’hyperphagie, de boulimie. Lorsque je passais trop de temps seule, tous mes démons refaisaient surface. Je pensais aux choses que je n’aimais pas chez moi, dans ma vie. Souvent je disais que j’étais la meilleure illustration de la citation d’Aristote « l’homme est un animal social », dans le sens où je ne fonctionnais correctement que si je voyais du monde fréquemment. Ma peur de la solitude était aussi liée à ma dépendance affective. Être seule c’était ne pas être aimée. Sauf que je croyais qu’il fallait une raison pour que les gens nous aiment, qu’il y ait une réelle cause. 


Pour moi, si j’étais seule dans la cour de l’école c’est parce que je n’étais pas aimable. Je n’étais pas assez jolie, je n’étais pas assez intelligente, je n’étais pas assez douée, donc je n’étais pas aimable et donc j’étais seule. J’étais continuellement en quête de l’affection d’autrui, de n’importe qui. Vu que je n’avais pas ces qualités innées, je me devais de développer des compétences qui permettent de conquérir l’affection des gens. Progressivement je suis devenue la petite fille parfaite : j’écoutais les adultes, j’étais gentille et sage, j’étais généreuse et altruiste, j’essayais d’être toujours de bonne humeur et joyeuse. J’aidais les gens pour qu’ils aient besoin de moi. Je cherchais à devenir la parfaite Cendrillon, par mon caractère, afin d’être aimée des autres, quels qu’ils soient. 


Avec le temps, je suis devenue une experte de l’illusion de la joie (tellement que je me bernais moi-même) mais ça fonctionnait toujours mieux quand j’étais avec les autres. Je me devais d’être joyeuse et heureuse. Quand une lumière brille, on ne regarde pas l’obscurité derrière. La meilleure façon de me cacher était devenue la lumière. J’exposais au monde une grosse boule de joie, très extravagante, avec un rire fort, toujours prête à faire la fête ou quelque chose ; ainsi je cachais aux autres, et à moi-même, mes parts de ténèbres. Sauf que, quand j’étais seule, le masque tombait. J’étais confrontée à la réalité, ou à ma perception de cette dernière. Il m’arrivait souvent de penser que les gens étaient à mes côtés juste par intérêts. J’étais gentille, donc facilement manipulable. J’étais toujours disponible pour les gens, je devais être serviable, aidante. J’étais généreuse afin d’« acheter » l’affection des gens.

Afin de fuir le plus possible la solitude, je refusais de mettre fin à certaines relations alors qu’elles étaient clairement malsaines. J’alimentais des relations toxiques parce que je préférais avoir ce genre de personnes dans ma vie que personne. Combien de fois j’ai laissé des « amis » me manquer de respecter, me marcher dessus parce que je ne voulais pas les perdre ? Je pensais qu’ils m’avaient fait honneur en m’acceptant à leur côté, donc à partir de là, c’était à moi de tout faire pour le rester. Il y avait un problème, un conflit ? C’était de ma faute, j’avais commis une erreur quelque part. Ils n’étaient pas disponibles pour moi ? Ce n’était pas grave, c’était normal, eux ils étaient importants. Les seuls qui comptaient étaient les autres. 


Ainsi, ma grande spécialité était de faire ami-ami avec les amis de mes amis. Cette technique était parfaite : je passais plus de temps avec mes amis et j’avais de plus en plus d’amis. Avouez que l’opération semblait quand même hyper cool ! Or la réalité n’est pas si parfaite. D’une part, cela a renforcé ma dépense affective car ces relations étaient souvent bancales. J’avais besoin de mes amis pour voir les nouveaux, m’en faire de nouveaux. D’autre part, j’étais trop envahissante. J’avais besoin d’être le plus possible avec mes amis, tout le temps. J’en avais conscience et j’essayais réellement de prendre sur moi en me disant qu’il était normal que les gens fassent des choses sans moi, qu’il n’y ait pas toujours tout le groupe. Malgré tout, cela me blessait et nourrissait la croyance que je n’étais pas réellement appréciée pour moi et qu’ils préféraient quand je n’étais pas là. 

 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 2

En 2019, j’ai commencé ma thérapie avec ma psychologue afin de préparer mon by-pass. Je savais que ma relation à la nourriture était complexe et qu’elle cachait énormément de maux. L’une des premières thématiques que j’ai abordée avec elle, c’est cette quête d’identité en lien avec ma dépendance affective. J’avais tellement cherché à me faire aimer, à donner à voir ma meilleure version de la princesse Disney que je ne savais plus qui j’étais, moi. Est-ce que j’étais gentille de nature ou l’étais-je parce que je n’avais que ça pour moi ? Est-ce que j’étais réellement joyeuse ou l’étais-je car c’est ce qu’on attendait de moi ? Est-ce que ma nature était d’être généreuse ou est-ce que je  m'étais forcée à l’être ? Tout cela avec tous les aspects de ma personnalité.  


Je crois, que pour tout processus de changement, cela se fait en partie dans la douleur. J’avais prévenu mes amis que je serais peut-être un peu différente, que j’allais surement avoir besoin de soutien et de parler.. Mais certains ne l’ont pas compris ou ne m’ont pas dit que j’allais trop loin, avant le crash.


Il fallait que je me retrouve moi. Qui étais-je ? J’avais modelé mon personnage en fonction des attentes que je pensais que les autres avaient de moi. Je ne me valorisais et n’existais qu’au travers d’autrui. Seul autrui comptait. Et là, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon premier amour de « grande ». A travers ses yeux, j’ai compris qu’il cherchait à connaître la vraie «Sophie », celle qui est bien plus complexe que la Cendrillon de Disney. Lorsque je laissais ma boule à facettes briller un peu moins fort, l’attachement que je voyais dans son regard semblait plus réel et plus profond. Il m’a donné un autre équilibre que l’amitié. A travers lui, je me suis aperçue que je pouvais être aimable. Grâce à lui, je pouvais partager un peu de mes ténèbres avec quelqu’un afin de pouvoir briller encore plus en société. 


Cette découverte de moi a été douloureuse. J’ai dû affronter mes défauts, accepter de ne pas être continuellement dans la représentation, d’assumer les failles et les blessures. Une des étapes les plus compliquées a été lorsque j’ai perdu deux amitiés qui m’étaient extrêmement chères. Si pour l’une, le deuil est totalement fait, pour l’autre ce n’est pas le cas, et ça reste douloureux. Comme chacun d'entre nous, je ne suis pas parfaite, je commets des erreurs et il m’arrive d’être la « méchante » de l’histoire, celle qui a tort. Je suis prête à prendre une part de cette responsabilité, et je l’assume. Notamment que j’étais trop envahissante, que je demandais trop d’attention, que je me faisais inviter un peu partout afin d’être avec eux. Je n’ai pas su voir quand j’aurais dû m’arrêter. Toutefois certaines personnes ne supportent pas lorsque vous sortez de leur emprise, que vous commencez à briller plus qu’eux, que vous sortez de votre rôle de « Lune » vis-à-vis du « Soleil » qu’ils sont. Ils vivent mal le fait que les gens soient attirés plus par vous, qu’ils se confient plus à vous qu’à eux, et que même une vraie relation naisse entre vous et leurs amis. Ces gens-là ne prendront jamais leur responsabilité dans la fin de la relation. Cela sera toujours votre faute, à vous, pleinement et uniquement la vôtre. C’est vous qui n’aurait pas agit comme il fallait, alors même que la personne vous aura tendu des pièges. Lorsque j’ai vécu tout cela, je me suis dit que oui, c’était de ma faute, à moi. 


Avec le temps j’ai compris que non. Je n’aurais pas réellement d’explication sur les causes mais déjà, je pense pouvoir dire qu’être véritablement ami avec un pervers narcissique c’est très compliqué et que ce n’est pas forcément sain. Ainsi, c’est pour ça que la fin de cette relation, je la vis, aujourd’hui, plus comme une victoire qu’autre chose. Mais il n’en reste pas moins qu’elle est arrivée dans un moment charnière de ma vie, qu’elle a eu des conséquences dans d’autres relations qui m’attristent bien plus. Si grâce à tout ce qui a été dit j’ai pu comprendre qu’en réalité ce qu’il avait apprécié c’était l’emprise qu’il possédait sur moi et non ma personnalité, et que donc il n’avait en réalité jamais été un « ami » ; l’effet domino sur les autres relations reste encore douloureux. Je me suis retrouvée en face à face avec ma pire ennemie : la solitude. Sauf que, j’avais mon amoureux pour tromper cette nouvelle partenaire, donc ça allait. Puis patatras, séparation et déménagement dans un endroit où je ne connais personne en période post-covid. 

La solitude était là, elle, bien présente et toujours aussi angoissante. Lorsque je travaillais ça allait. Je voyais du monde, je devais faire « bonne figure ». Ce dépaysement m’a permis de me construire, d’être, sans me poser la question « qu’est-ce que les gens attendent de moi ». Ils n’avaient pas connu l’ancienne version de « Sophie », j’avais juste à exister, à me construire. Le week-end c’était beaucoup plus compliqué, j’étais seule, complètement. Vu que j’étais seule je ne sortais pas de chez moi, je ne faisais pas d’activité qui m’aurait permis de rencontrer du monde, en même temps il y avait encore les interdictions à cause du covid. 


C’est à ce moment-là que j’ai fait une liste des choses que je devais faire seule. C’était un véritable exercice. Je me suis aperçue du nombre impressionnant d’activités que je me privais de faire parce que j’étais seule. Alors j’ai commencé progressivement. J’ai commencé par les balades en forêt, puis par aller boire un verre ou un café toute seule. C’était réellement un effort, quelque chose d’inconfortable au début. Mais lorsque j’y arrivais c’était des petites victoires que je partageais avec ma psychologue. 
 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 3

Puis le burn-out est arrivé en février 2023. Chose inimaginable pour moi, je recherchais la solitude. Au tout début de mon arrêt, ne serait-ce que parler à la caissière, c'était un effort titanesque. J’angoissais à l’idée de sortir de chez moi, de voir du monde, de devoir côtoyer des gens et de devoir suivre une conversation. Si les gens venaient chez moi ça allait, et encore, il ne fallait pas qu’ils restent trop longtemps et que ce soit n’importe qui. 

Je recherchais la solitude car elle était reposante. Lorsque j’étais seule je pouvais dormir n’importe quand, je n’avais pas à expliquer pourquoi je me mettais à pleurer, je n’avais pas à justifier tel ou tel comportement. En réalité je n’étais pas seule, j’étais avec « Bébé chat ». Elle était toujours là, elle me suivait partout. Je quittais mon lit pour mon canapé, elle me suivait. Je me levais pour aller à la cuisine ou aux toilettes, elle me suivait, mon aimant empathique. 

Avec le programme REBOND j’ai appris que j’étais de nature extravertie et qu’il était donc normal que j’ai l’impression d’avoir besoin des autres pour fonctionner. Le contact des autres me permet de recharger mes batteries. Ce qui m’apparaissait comme un défaut a acquis une explication rationnelle et normalisée. Je me suis un peu réconciliée avec mon côté sociable. Suite à la dépression de maman, j’ai eu l’impression que son côté sociable avait totalement disparu, qu’elle s’était éteinte, et j’étais terrorisée à l’idée qu’il m’arrive la même chose. Même si ma nature extravertie et sociable m’avait causé quelques déboires, j’apprécie cette facette de ma personnalité, je ne voulais pas la perdre. Donc, en juin 2023, j’ai organisé un repas de resocialisation. J’ai invité du monde dans mon antre pour la journée. J’y ai invité des amis proches qui savaient les étapes que j’avais traversées et qui n’auraient pas été surpris si j’avais vrillé. J’ai fait un bon repas, je me suis apprêtée. J’ai angoissé mais finalement ça c’est très bien passé et j’étais hyper contente. 

 

Aujourd’hui ma relation avec la solitude est plus apaisée. D’une part, elle s’est normalisée. J’ai passé tellement de temps seule du fait de l’arrêt maladie qu’elle est devenue ma normalité. Je ne la vis pas avec angoisse. D’autre part, j’ai appris à la mettre à profit puisque c’est dans la solitude que je crée, que mon imaginaire s’active. Là où j’assimilais toujours la solitude à l’inactivité et la tristesse, aujourd’hui elle est source de repos, d’apaisement et de créativité. De sorte qu’il m’arrive de la rechercher et d’avoir du mal à partager certaines activités comme les balades en forêt. 

J’ai beaucoup marché en forêt durant mes arrêts maladies. Cela me permettait de faire le point sur mes émotions, mes pensées, mes ressentis. Lorsque je rentrais, j’étais souvent plus apaisée. Avec le décès de maman, quand la tristesse me submergeait et que je n’arrivais pas à arrêter de pleurer, je partais en forêt, toute seule. Si des idées se bousculaient dans ma tête et que je n’arrivais pas à prendre de décision, je partais marcher en forêt. Dès mon arrivée à Fontainebleau j’ai découvert à quel point j’aimais la forêt. Avec le burn-out et le deuil je me suis aperçue que c’était réellement devenu une ressource. Je me recharge émotionnellement et énergétiquement en forêt. J’aime cette sensation de partir seule, un peu à l’aventure, en forêt. De laisser mes idées vagabonder au fil de mes pas entre les arbres. J’aime me sentir toute petite au sein de l’immensité de la verdure. J’aime entendre la nature, les oiseaux, l’eau, le vent dans les feuilles et sentir l’odeur de chaque saison en forêt. C’est une chose qui va me manquer de là-haut. 

 

Je ne subis plus la solitude. Je la vis pleinement. Je profite de ce qu’elle a à m’offrir. Elle me permet d’explorer d’autres ressources afin d’être plus calme, d’être plus sereine. J’apprécie tout autant les moments où je vais être entourée que ceux où je suis seule. La solitude n’est plus synonyme d’inactivité et d’arrêt sur image. Je vis ma vie aussi, lorsque je suis seule. C’est là que je la modèle afin d’en faire ce que je veux. Ma relation avec la solitude illustre ce que je veux pour mon développement personnel : la tempérance. Ce n’est plus ma pire ennemie, ce n’est plus, non plus, mon unique amie. C’est une amie qui m’est chère car elle m’a permis de rencontrer la seule personne qui ne me quittera jamais : moi. 

Le temps 

Partie 1

Pages écrites le 22 23 25,28 29 30 et 31 octobre 2024

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Cela va presque faire un an que je veux écrire sur ce sujet : le temps. Je ne sais pas trop pourquoi je ne l’ai pas fait avant, sûrement car d’autres mots avaient un besoin plus urgent de sortir, aussi est-il temps de s’y mettre à présent. 

***

Le rapport de l’humanité au temps est très particulier. Dès la préhistoire l’humanité s’est rendu compte de la cyclicité du temps et nous avons cherché à le mesurer, à le quantifier en utilisant la nature : le jour et la nuit, les saisons, les pleines lunes, les marées etc. J’écoutais un livre de Robin HOBBS, où son personnage principal fait l’expérience de vivre dans le corps d’un loup. Ce personnage ressent la simplicité de l’existence animale du fait de l’absence de cette conscience du temps. Le loup, comme tous les animaux, a conscience du temps qui passe mais ne le ressent pas comme nous. Le temps se résume à l’instant, et l’auteur y voit une éternité. Dans l’instant il n’y a pas vraiment de début et de fin. L’animal va chasser lorsqu’il a faim, dormir lorsqu’il a sommeil, se cacher ou fuir lorsque sa vie est en jeu. Il est connecté à l’instantanéité de sa vie sans se poser de question existentielle sur « hier » et « demain » car ce sont des notions qui lui échappent. Le présent est le seul temps qui vaille, c’est le seul que nous connaissons réellement. C’est pour cela que dans beaucoup de courants de pensées, de philosophie et de spiritualité le présent est valorisé, le moment présent. Le passé est passé, il ne peut plus être changé, le futur est incertain, il nous sera peut-être inconnu pour toujours. 

 

Mais quel est le rapport entre le temps, le deuil et le développement personnel ? J’y viens. Le temps est une notion très structurante dans l’humanité, il est intéressant de voir que Chronos est l’un des premiers dieux grecs à voir le jour. Ainsi notre relation au temps est fortement imprégnée par diverses croyances, parfois paradoxales voire opposées. C’est une notion qui illustre parfaitement la différence entre les croyances sur le monde, sur les autres et sur nous-même il me semble. Certaines croyances qui relevaient du « monde » peuvent réellement nous avoir façonnés jusqu’à devenir des croyances sur nous-même. Voici quelques exemples de croyances en lien avec le temps :

  • Le temps c’est de l’argent

  • Il faut laisser le temps au temps

  • Le temps perdu ne se rattrape pas

  • Seul le temps guérit les blessures, 

  • Tout vient à point à qui sait attendre

  • Ton heure viendra, patience

 

Ici vous pouvez vous amuser à voir quel est votre rapport au temps, quelles croyances vous avez envers lui. Le temps est réellement une notion qui appelle en moi beaucoup de développement ainsi je vais essayer de structurer mon propos notamment grâce aux croyances.

Il faut laisser le temps au temps. C’est une maxime que nous connaissons tous et elle s’applique à peu près à n’importe quoi. Or  personnellement, elle a le don de m’énerver et de me mettre dans un réel état de frustration. Pourquoi ? C’est une vérité absolue que TOUT nécessite du temps, que ce soit de l’enfant qui grandit, de la plante qui pousse, du projet qui voit le jour, du voyage entrepris. Tout nécessite du temps. Et en même temps nous évoluons dans une société de l’instantané. L’humanité cherche, depuis le début à gagner du temps, enfin à l'optimiser. Aujourd'hui nous en sommes à un tel stade que tout doit toujours être plus rapide pour être efficace et moderne. Apparaît déjà un beau paradoxe relatif au temps : on sait qu’il faut laisser le temps au temps pour à peu près tout mais on veut absolument l’accélérer, ne pas en perdre, en gaspiller le moins possible. 

C’est ainsi que pour moi naît la frustration relative au temps. Je sais que les choses nécessitent du temps, que tout n’arrive pas de suite, ce qui fait que je peux être très déterminée, tenir des efforts au long court. Mais cela ne m’empêche pas d’être impatiente et impulsive. Lorsque j’ai décidé que quelque chose doit se concrétiser, c’est de suite. Si les choses prennent un retard « injustifié » alors la frustration ainsi créée est très dure à gérer, elle a généré, et génère encore, une grande partie de mon mal-être. 

 

Cette croyance en rejoint une autre : chaque chose en son temps, tout arrive à temps. Si j’apprends à accepter plus sereinement ces croyances, il n’en demeure pas moins qu’elles, aussi, me sont difficiles à accepter. Là encore, il y a cette idée de patience, qu’il faut attendre. Mais encore plus dur me semble-t-il, cela implique une vision déterministe du monde. J’ai toujours trouvé que cela sous-entendait que ça ne servait à rien d’agir puisque ce qui devait arriver arriverait lorsque le moment serait venu. Or, paradoxalement, si je crois au destin, je ne crois pas à la fatalité. Même en l’écrivant je me rends compte que c’est presque incompréhensible. Pour moi nous avons des destins. Notre vie n’est pas réellement déterminée de A à Z, nos choix et leurs conséquences nous appartiennent. Si vraiment quelque chose, ou quelqu’un, est fait pour nous alors il sera mis, ou remis sur notre route. Dans la fatalité j’y perçois un côté inébranlable. Nos choix ne nous appartiennent pas réellement, ils sont déjà écrits, nous serions dépossédés de tout libre arbitre. Je n’y crois pas, et c’est en cela que je les différencie. 

Actuellement je travaille sur la remise en cause de cette croyance, non sur sa véracité qui est toujours subjective mais plutôt sur la perception que j’en ai. Finalement, elle se rapproche du lâcher prise. Elle n’est pas là pour stopper toute action de notre part mais juste pour l’encadrer, je crois. J’ai toujours eu tendance à conduire plusieurs projets en même temps. J’avais la date line des 30 ans. J’avais cette idée fixe qu’à 30 ans je devais « tout » avoir : le travail, la famille avec le chéri et les enfants, la maison avec le jardin, le chien et le chat, donc le bon gros cliché. Sauf qu’à 29 ans j’en étais loin lorsque j’ai fait mon burn-out. Je n’avais pas le métier de mes rêves, j’en étais loin, et en plus je craquais en tant que greffière alors qu’est-ce que ça serait en tant que juge ? Pour ce qui était de la famille, je traversais un énième désastre amoureux, donc le mariage avec les enfants n’étaient pas des potentialités réalisables dans un futur proche. Qu’est-ce que j’avais alors ? Un appartement que j’avais acheté, mais seule, et ma petite Athéna. Cela ne me suffisait pas. Je ne comprenais pas ce que j’avais « loupé » pour qu’à cette période de ma vie je n’ai que « ça ». 

Une des premières choses que m’a expliquée le psychiatre c’est que le burn-out et l’état dépressif sont l’équivalent de la fracture de la psyché. A force d’être toujours dans la sur-adaptation, dans la quête d’excellence, de vouloir à tout prix être fort, être parfait notre esprit craque. Dans un prochain texte je reviendrais sur les circonstances de burn-out. Pour l’instant, de manière synthétique, je dirais que je courais tous les lièvres en même temps. Je voulais que tout se réalise en même temps, car je voulais tout. Sauf qu’on le sait, essayer de tout faire en même temps, c’est surtout augmenter les chances de se planter quelque part. J’étais en train de remanier ma vie de A à Z, j’étais sur tous les fronts et je n’avais pas réellement de refuge stable. Alors un grain de sable a fait craquer l’élastique. C’est en ce sens que j’essaie, maintenant, de comprendre cette croyance sur chaque chose en son temps. Ce n’est pas de renoncer à l’action en se disant que la fatalité me le donnera, ou pas, c’est plutôt de se dire qu’il faut faire une chose à la fois. Que chaque moment de notre existence est dédié à la réalisation d’un projet, d’un apprentissage, d’une étape de vie.

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 2

En cela, ça rejoint, l’idée qu’il n’y a qu’un seul temps qui vaille : le présent. Le passé est passé, il n’existe plus, le futur n’existe pas encore, voire n’existera pas. Le seul temps que nous connaissions est le présent. Or nous passons notre vie à nous projeter soit dans l’avenir, soit dans le passé. Nous valorisons le passé avec cette idée que c’était mieux avant, par le souvenir aux ancêtres, la tradition, l’Histoire. Nous fantasmons l’avenir qui promet des lendemains plus heureux. Finalement le présent n’est jamais assez bien. Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, mais faut-il encore avancer. Connaître son Histoire permet, en théorie, de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Espérer un avenir meilleur anime notre action. Grâce à cette croyance nous œuvrons et agissons. Mais le présent reste primordial. Il est l’indispensable passage entre les deux. Je trouve, toutefois, que dans notre culture occidentale nous l’avons oublié. La valeur du moment, de l’instant est plus présente dans la spiritualité d’Orient, ou préchrétienne. 

Je vais utiliser les préceptes catholiques car ce sont ceux dont j’ai la meilleure connaissance par rapport aux autres religions du livre. Ainsi lorsqu’on écoute la Bible et les Evangiles, il est question d’un passé merveilleux dans le Jardin d’Eden où l’homme et la femme ne souffraient pas, ils disposaient de tout ce qui était nécessaire à leur survie en juste quantité. A cause du péché originel ils ont été chassés de ce paradis. Nous avons là notre passé, le « C’était mieux avant ». Puis Dieu va mettre l’humanité à l’épreuve, à plusieurs reprises, jusqu’à nous envoyer son fils Jésus afin de nous sauver. Grâce à lui et notre foi, nous est garantie le paradis dans une vie éternelle après la mort. Nous avons ainsi notre futur utopique. 
Or dans le christianisme il y a tout de même une valorisation de la souffrance, de la pénibilité de la vie terrestre et en même temps une banalisation. Si vous regardez la vie des saints, surtout les premiers, il faut avoir souffert le martyre, être persécuté, avoir souffert dans sa chair pour être canonisé. Un des préceptes de l’église est que Dieu ne donne pas plus que ce que l’on ne peut endurer, qu’il met à l’épreuve ses plus fidèles croyants. L’histoire d’Abraham en est une parfaite illustration. Je vais reprendre rapidement ce passage de la Bible pour ceux qui n’auraient pas la référence [G 22-15 à 18]. Abraham, descendant de Noé, est celui avec qui Dieu conclut la première alliance en promettant le pays de Canaan à ceux qui croiront en lui. Dieu promet à Abraham une descendance aussi importante en nombre et en prestige puisqu’il y aura des rois. En échange il doit le reconnaître comme Dieu et faire circoncire les mâles à partir de 8 jours. Abraham n’a pas d’enfant avec sa femme légitime, Sarah, avant ses 100 ans, elle, elle en a 99. Ils mettent l’un et l’autre la parole divine en doute, mais Sarah donne naissance à Issac. Dieu demande alors à Abraham de sacrifier cet unique enfant. Il s’exécute, part avec son fils au mont Moriah, dispose Issac sur l’autel et alors qu’il s’apprête à l’égorger un messager divin l’arrête. Dieu l’arrête car il a placé son entière confiance en lui, il a éprouvé sa foi. Malgré qu’il lui ait demandé de renoncer à la chose la plus importante à ses yeux, il a obéi, il a cru en lui. C’est grâce à cette foi absolue qu’Issac est sauvé. Cela démontre que l’épreuve est quelque chose de fondamental dans la foi chrétienne. C’est un exemple parmi tant d’autres : Moïse qui entend un Dieu qui lui est inconnu lui demander de délivrer un peuple ; Jésus, son propre fils, qui doit affronter pendant 40 jours et 40 nuits les tentations de Satan, puis le chemin de Croix. Or chacun d’eux avait la capacité de surmonter les épreuves envoyées par Dieu. Le message est que nous sommes comme chacun d’entre eux, à notre échelle. Si nous croyons en Dieu, que nous avons foi en lui et que nous laissons le temps, à son œuvre, de se réaliser alors nous surmonterons les épreuves qu'il  nous envoient. 


C’est ainsi que la difficulté, la souffrance et la mise à l’épreuve sont valorisées à tel point que,  s’il n’y en a pas assez dans notre vie terrestre, ce n’est pas certain que nous accédions à ce nirvana de l’autre vie. Il faut l’avoir mérité en ayant était bon alors que l’existence humaine a été dure avec nous. Mais ce n’est pas grave si le présent est dur. C’est normal qu’il le soit vu qu’on a brisé l’alliance avec Dieu. Il faut se racheter pour mériter une place à ses côtés dans l’au-delà, dans ce futur nébuleux. 

Je connais beaucoup moins le protestantisme mais il me semble avoir lu quelque part que dans cette vision du christianisme la bénédiction par Dieu est visible dès la vie terrestre. Ceux qui réussissent sur Terre sont ceux qui sont bénis de Dieu. Cela donne une place au présent plus intéressante, même si cela accentue le côté déterminé me semble-t-il. 

Néanmoins nous sommes dans une culture qui est imprégnée par le catholicisme, la France ayant été la fille aînée de l’Eglise catholique durant des siècles. De sorte que nous sommes tiraillés entre un passé et un futur qui ne peuvent être que mieux, que le présent est forcément moins bien, plus dur, il est normal d’y être éprouvé. Malgré la sécularisation de notre société, le présent semble toujours être le maillon faible de notre relation au temps, plus ou moins volontairement. 


Ici il est possible de voir la création d’une croyance sur le monde. En effet, cette idée que le présent est le seul temps qui vaille était déjà présente dans l’Antiquité européenne avec les philosophes stoïciens. Ils prônaient de se concentrer sur le présent, car c’est le seul sur lequel l’homme a une influence. Puis la religion chrétienne est passée par là. Au fur et à mesure c’est forgée cette croyance sociétale que le présent est souffrance, que le passé c’était mieux, et qu’un jour, peut-être, nous aurons droit à un avenir radieux. Le mélange des cultures fait que cette croyance s’affaiblit mais elle continue de marquer notre existence. Nous courons toujours après la prochaine possession, la prochaine réalisation qui nous rendra heureux. En réalité c’est un « bonheur » éphémère qui n’appelle qu’à une satisfaction encore plus importante la fois d’après. C’est ainsi que s’explique l’engouement qu’il y a eu, et qu’il y a, autour des philosophies, des courants de pensées qui prônent la quête des bonheurs simples.

Toutefois, les maux de notre ère sont l’anxiété et le stress. Ils sont des émanations d’une émotion principale : la peur. L’un comme l’autre sont liés à notre perception du temps puisqu’ils sont générés par notre anticipation. J.K Rolling a fait dire à l’un de ses personnages qu’anticiper c’était souffrir deux fois. L’anxiété et le stress sont complexes mais en synthétisant, souvent ce qui se passe, c’est que la peur de l’inconnu va prendre des proportions telles que pour se rassurer on va commencer à prévoir toutes les potentialités, à se faire tous les scenarii possibles en se basant sur nos expériences passées, et mauvaises majoritairement, pour prévoir le futur, afin de se croire prêt à parer à toutes éventualités. Finalement notre esprit n’est pas dans le présent lors de pic de stress ou d’anxiété, ou rarement. Ainsi ce qui est recommandé par des techniques moins conventionnelles est de revenir au présent en passant par le corps. Si notre esprit a cette faculté de se balader entre passé et futur, notre corps, lui, ne connaît réellement que le présent. En passant par le corps, en se concentrant sur nos sensations, en obligeant notre esprit à se focaliser sur les ressentis corporels, il ne peut plus être dans la projection temporelle. 


Finalement tous les exercices de respiration, de relaxation, d'ancrage dans le corps cherchent à nous ramener à cette simplicité. A l’instant présent, souvent, il n’est pas nécessaire de se laisser submerger par la peur. Dans notre corps en réalité tout va bien, notre survie n’est pas en jeu. 
 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 3

Seul le temps guérit les blessures.

 

Nous l’avons tous entendu et dit. Là encore il y a un certain aspect fatalisme, après une blessure ou un trauma seul le temps permet la guérison, donc rien ne sert d'être proactif. 

Cette interprétation n’est pas la mienne. Malgré mon coté impatiente je l’ai toujours comprise dans le sens où la guérison est un processus qui nécessite du temps, que les résultats ne sont pas immédiats. Cela rejoint cette idée qu’il faut laisser le temps au temps. Je trouve que les blessures physiques sont plus facilement guérissables que les maux de l’âme.  Elles sont visibles par tous, elles sont comprises par tous. Il est admis par tous que le corps a besoin de temps et de repos pour se rétablir. Mais cela n’est pas encore totalement intégré pour les maux psychiques. Il y a au moins deux principales raisons à cela me semble-t-il. D’une part, la blessure physique se voit très clairement. Un os cassé, une plaie, une luxation, cela se voit sans trop de difficulté, alors que la dépression, les troubles anxieux, cela ne se voit pas au premier coup d’œil sur le corps. D’autre part, une fracture, ou autre, on sait combien de temps ça met pour guérir. Tant de mois d’immobilisation suivi de rééducation et ça repart. On admet qu’il y a une certaine fragilité mais globalement la vie continue comme avant. Alors que les maux psychiques, l’immobilisation totale n’est pas possible, il n’est pas possible de penser à RIEN, et il n’y pas de temps prédéfini à la guérison, et surtout c’est un chemin sinueux avec des hauts, des bas, des détours. Je ne sais pas d’ailleurs s’il y a réellement une guérison, il y a un avant et un après, c’est certain.

 

Le deuil est très intéressant pour cela. Tout d’abord, on peut dire, que la perte de l’être cher est vécue comme une véritable blessure physique. Lorsqu’on perd quelqu’un, surtout lorsque c’est imprévisible, on ressent la douleur physiquement. Ainsi le deuil commence par un processus de « guérison » digne d’une blessure physique. On veille à ce que la personne en deuil mange, se repose le plus possible. L’expression de cette douleur par de la tristesse, des pleurs, de la fatigue, de la perte d’appétit est normale, voire exigée. Je veux dire par là que c’est plutôt l’absence de réaction face au chagrin qui est mal perçue par la société, alors que nous exprimons tous nos émotions de manière différente. Il est difficile, je trouve, de savoir à partir de combien de temps ce deuil « physique » est trop long. J’ai l’impression que souvent ça tourne sur un délai de 6 mois, en fonction de la personne perdue. Après j’ai l’impression que la société attend qu’on refasse surface et qu’on revienne réellement dans le monde des vivants. 

En suite le deuil reste un processus psychique. Une fois le choc passé, les tourments trouvent leur origine dans l’esprit. Toutes les étapes du deuil renvoient à des paliers psychiques, à des émotions. De sorte qu’il devient beaucoup plus compliqué d’évaluer temporellement le processus, ce d’autant qu’il est l’illustration parfaite que le chemin est sinueux. Nous pouvons avoir l’impression d’avoir franchi les étapes du choc, du déni, de la négociation et de la colère, et croire que nous entamons l’acceptation alors qu’en réalité il y a toujours un peu de déni, de négociation et de colère. Ou alors se dire qu’on n’est pas en colère, juste triste, puis des mois après, alors qu’on pense même avoir mit tout ça derrière nous, on s’aperçoit que non, la colère est toujours là, qu’on n’a pas vécu correctement l’émotion, l’étape de sorte qu’un retour en arrière est nécessaire. Combien de temps prend cette dimension du deuil ? Se finit-elle réellement un jour ? Je ne sais pas. En tout cas c’est une période que nous avons tendance à vivre seul pour pleins de raisons alors que le deuil est une expérience humaine universelle. J’écoute un podcast depuis plusieurs semaines, Pas de souci de Camille TOMAT. Elle a fait un épisode entier sur le deuil. Elle explique que certes notre relation à l’être cher était unique et que donc notre manière de la vivre est unique, sauf qu’en réalité nous sommes plusieurs à avoir perdu cette personne. De sorte qu’il faut partager notre deuil. Qu’il est finalement plus sein de s’ouvrir aux autres durant le processus afin de co-réguler et d’avancer ensemble, tout en gardant son propre rythme.

Petit aparté sur les rituels sociaux du deuil ; dans cet épisode elle parle d’une pratique dans un village autochtone australien où tous les habitants vont déplacer un objet de l’extérieur de leur maison pour signifier à la famille en deuil que rien ne sera plus jamais comme avant. Dans notre société le rituel était dans le port du deuil par les proches du défunt avec des tenues vestimentaires noires puis violettes souvent, certains allaient jusqu’à adapter leur style de vie notamment alimentaire et mondain. Il est intéressant de voir que le port du deuil était genré et reflétait la relation entre le défunt et la personne qui portait le deuil. Une veuve ou un veuf n’allait pas porter le deuil de la même manière et sur la même durée, tout comme un parent et un orphelin, etc etc. Dans notre culture c’est l’individu qui signifie à la société qu’il vit un deuil, qu’il se met en retrait pour un temps avant de revenir. Je vous laisse apprécier ce que ces rituels disent de nous et de nos sociétés. 

Pour revenir à cette croyance que seul le temps guérit les blessures, avec laquelle je ne suis que partiellement d’accord, dans le podcast elle avance une idée intéressante, c’est que le temps permet en réalité au trauma de s’enraciner en nous. Oui il faut du temps pour guérir, sauf que si nous ne sommes pas proactifs, l’épreuve s’enracine en nous et rejaillira à un moment, souvent lorsqu’on s’y attend le moins. C’est pour cela qu’on se retrouve avec des personnes qui tentent de faire leur deuil des années après car elles ont tu leur souffrance, leur tristesse pour être des soutiens pour les autres mais n’ont pas vécu leur deuil. Cela peut avoir un impact beaucoup plus important sur l’individu. Les émotions non exprimées vont s’enraciner dans le corps, modeler des comportements d’évitement, de déni jusqu’au jour où c’est le corps qui va somatiser la saturation. 

C’est la même chose avec le développement personnel. Souvent il est initié par un ras le bol des comportements anciens, des mauvaises habitudes, et nous entamons un processus proche de celui du deuil, comme l’explique Camille TOMAT, et le chemin est loin d’être linéaire. 

Il faut accepter de vivre toutes les émotions. Je sais à quel point c’est dur, je n’y arrive pas encore. Mais j’espère avec ces mots que nous y parviendrons ensemble. Je vous ai embarqué dans ces chemins de guérison, et merci d’être là. 

La suite la semaine prochaine ...

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Partie 4

Le temps est linéaire. Ce n’est pas réellement une croyance mais plutôt une réalité scientifique qui est parfois en contradiction avec nos ressentis. Une heure dure 60 minutes, une minute 60 secondes, et une seconde recouvre toujours le même temps. Toutefois, nous avons tous fait l’expérience de la relativité du temps : lorsque nous passons un bon moment, une heure semble n’avoir durée que 20 minutes, et inversement lorsqu’on s’ennuie. Flo a ainsi cette croyance qu’on nous ment sur le temps, car c’est très paradoxal de savoir que le temps s’écoule toujours de la même manière alors que l’on ne le ressent pas ainsi. Dans le deuil je trouve que ce paradoxe connaît un certain paroxysme. 

 

Au moment où j’écris ces mots cela va faire 11 mois que maman est décédée. J’ai l’impression que c’était hier et en même temps que ça fait une éternité, alors qu’en réalité ça ne fait pas encore un an. Au début j’avais vraiment l’impression d’être dans une faille temporelle, que le temps ne s’écoulait plus normalement. La faille, elle-même, a subi une mise en abîme, une sorte de faille dans la faille. Elle s’est ouverte à partir du fameux appel. Je ne saurais dire si elle s’est entièrement refermée même si je crois avoir rejoint la réalité temporelle de la majorité. Suite à l’appel de ma sœur, la première journée semble avoir durée 36h au lieu de 24h. Je n’ai réalisé que c’était vrai que lorsque j’ai été la voir à la chambre funéraire. Cette première journée a ainsi pu prendre fin lorsque j’ai été dormir. Or, dans les faits, nous étions déjà le samedi soir. Chaque journée de la première semaine constituait une faille à part entière. Il y avait tellement de choses à faire, tant de choses improbables qu'ordinaires, que les journées n'étaient pas assez longues. Chaque instant en lien avec la préparation de la cérémonie semblait être une nouvelle faille. Et en même temps chaque nuit était une remise à zéro du compteur, fin jusqu’à chaque réveil lorsqu’il fallait prendre conscience que tout cela n’était pas un cauchemar, que c’était la « vrai » réalité, non un univers parallèle dans lequel nous aurions été projetés par erreur. 

Après la première semaine, cette impression de vivre continuellement des failles à l’intérieur de failles, telles des poupées russes, s’est dissipée. Il n’y avait plus qu’une seule faille principale où il était dur d’avancer. Faire des choses terre à terre, basique, les unes après les autres sans trop se projeter, finalement se connecter à l’instant pour continuer à avancer. 

 

Le temps a été suspendu pendant des mois, jusqu’à ce que je reprenne le travail en février. La première étape a été de retourner à ma vie. Lorsque j’ai été au tribunal un jour et que tout le monde continuait à vivre normalement, je me suis rendue compte que le temps s’était figé pour moi. Je voyais les jours défiler mais je ne l’intégrai pas, je n’espérais qu’une chose à chaque réveil, qu’une force supérieure me dise que c’était une erreur, que j’étais entrain de vivre la vie d’une autre version de moi dans un autre univers et que j’allais enfin être renvoyée dans ma vraie réalité où rien de tout cela ne s’était passé. Or, à chaque réveil, je devais prendre conscience que c’était faux. Le temps m’est alors apparu si étrange. Maman ne cessait de me dire que j’avais du temps pour réaliser mes projets, et finalement elle, quel temps a-t-elle eu ? Tout s’est arrêté d’un coup. Donc à quoi bon prévoir des choses sur des années alors que tout peut s’arrêter en une seconde, juste le temps de fermer les paupières pour ne jamais les rouvrir. Finalement, vu que l’on ne sait pas s’il y aura un demain, n’avais-je pas raison de tout vouloir de suite, maintenant ? C’est le seul moment que je suis certaine de connaître. En même temps comment avancer sans projet ? A quoi cela sert ? Comment concilier la vérité que tout peut s’arrêter en une seconde et que chaque projet, réalisation nécessite du temps ? Je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante mais j’essaie de concilier ces deux réalités tant bien que mal notamment en cultivant les petits bonheurs quotidiens. Et vous, avez-vous une réponse qui vous convienne ? 

 

Il a finalement commencé à reprendre un écoulement normal lorsque j’ai rejoint le monde des vivants, de nouveau. En reprenant le travail, en retrouvant une rythmique à mes journées entre le tribunal, la préparation du concours, l’écriture et la vie, j’ai retrouvé une conscience du temps. J’avais déjà connu cette suspension du temps, lorsque j’avais été en arrêt pour le burn-out. Durant le deuil il était figé car je ne voulais pas accepter cette réalité, je ne voulais surtout pas m’habituer à cette absence. Avec le burn-out le temps avait ralenti. Au début il y a eu l’arrêt brutal, pareil, puis lorsque j’ai commencé à aller mieux, que j’ai retrouvé le goût pour certaines choses, je me suis aperçue qu’il avait juste ralenti. Il s’écoulait plus calmement. J’avais du temps. Je pouvais prendre ce temps pour évoluer, travailler sur moi. Le moment était venu de faire de moi ma priorité. Mon corps avait dit STOP. La seule chose que je pouvais faire c’était de l’écouter. Ce fut dur mais ô combien bénéfique. Je vous souhaite juste de vous écouter avant ce moment charnière. 

La suite la semaine prochaine ...

Partie 5

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Comme vous l’avez vu au cours de ce mois, le temps est quelque chose d’assez complexe. C’est une réalité paradoxale où le poids de nos croyances est majeur sur la perception que l’on en a, de comment on l’appréhende. Dans cette dernière publication relative au temps, j’ai eu envie de vous partager ce qui m’a permis d’apaiser ma relation au temps afin d’être moins dans la frustration. 

 

1 – Avoir une routine. 

Une telle évidence semble bateau mais en réalité c’est quelque chose qui m’a fait beaucoup de bien durant mes périodes d’arrêts de travail. Le temps ne s’écoule plus de la même manière, la priorité n’est plus le travail mais vous. Je ne sais si elle est apparue lorsque je commençais à aller mieux ou si c’est elle qui m’a permis d’aller mieux. En tout cas lorsque j’ai commencé à avoir la force d’encadrer mon temps, la routine a été mon allié. C’était une routine qui n’avait qu’un seul objectif : retrouver le plus de bien être possible. 

Personnellement au  départ c’était me lever, ce qui était parfois très compliqué au début tant du burn-out que du deuil. Donc, quand j’ai commencé à aller mieux j’essayais de me lever vers 9h tous les jours. Puis le café avec les médicaments et Athéna. Ensuite c’était le ménage. Ainsi le ménage est devenu une ressource. J’avais cette satisfaction d’avoir une sensation de contrôle sur au moins une chose, et aussi j’ai toujours trouvé que ranger l’espace permettait de ranger sa tête. Et enfin, passage à la salle de bain où je prenais vraiment du temps pour moi, pour reprendre l’habitude de prendre soin de mon corps. 

Au fur et à mesure elle s’est intensifiée et diversifiée, avec le programme REBONDS qui allait toujours avec ma séance de sport, les balades en forêt sur une bonne partie de l’après-midi. Au milieu de ça, avec le temps, j’ai commencé à rajouter de l’imprévu. La vraie vie n’était pas une partition de musique harmonieuse, il y a toujours des « fausses » notes. Or avec le burn-out j’avais perdu toute faculté d’adaptation. Soit je m’en remettais entièrement à la personne avec qui j’étais, soit j’allais tout prévoir de A à Z grâce à ma routine, justement. L’inconnu est toujours source d’appréhension, sauf qu’avec l’état dépressif je n’avais pas les facultés pour le gérer sans que ça absorbe toutes mes forces et/ou que je fasse une crise d’angoisse. 

Puis après, il a été question de préparer la reprise du travail. Avec la préparation du concours et les sessions d’écriture, j’avais de quoi reprendre l’habitude d’être concentrée sur une tâche pendant un certain temps, à des horaires déterminés. 

Souvent nous avons tendance à ne pas apprécier la routine, le rythme métro boulot dodo. Je pense surtout que c’est parce que ce n’est pas une routine qui nous épanouie. Même les plus intrépides et aventureux vont avoir des petites routines, nous en avons tous, comme par exemple, se lever lorsque le réveil sonne et enchaîner direct avec la douche ou le café, ou la cigarette pour les fumeurs. Elle est souvent décriée mais elle nous rassure et nous permet de fonctionner plus facilement. Donc lorsque vous vivez une épreuve difficile, mettez en place votre routine, à vous, celle qui vous fait du bien. 

 

2 – Identifier vos ressources pour créer cette routine. 

Les ressources sont ces moments où votre énergie se recharge. Ils sont propres à chacun et très divers. Cela peut être le fait de préparer votre chocolat chaud selon une recette bien particulière qui vous rappelle des souvenirs heureux de lorsque vous étiez enfant. Ou sentir une odeur qui vous renvoie à un moment heureux. Avoir une activité qui fait descendre le niveau de tension dans votre corps, qui vous vide l’esprit : colorier, lire, écrire, marcher en forêt, danser, faire la cuisine etc etc. 

Parfois on ne sait pas quelles sont nos ressources donc, la première étape est de les identifier, de voir celles qui nous font du bien. La deuxième étape c’est de voir quelle ressource pour quel besoin. C’est là que sa réalisation peut avoir une importance. Il faut donc tester. Par exemple à un moment je faisais 15 minutes d’étirement tous les jours. Lorsque je ne travaillais pas, que je ne sortais pas de chez moi, j’avais tendance à le faire le matin car ça me réveillait en douceur, je les faisais donc avec la séance câlins. Puis lorsque j’ai repris le travail, je les faisais matin et soir, pour au final ne les faire que le soir quand je n’avais pas été au sport, afin de détendre mon corps avant de dormir. Une routine ne veut pas dire que c’est gravé dans le marbre pour toujours. L’objectif est de la faire évoluer avec vous et vos besoins. 

Personnellement une des premières ressources à avoir été routinisée est le câlin matinal avec Athéna. Chaque matin je me levais, je faisais couler mon café, je préparais mes médicaments et je m’installais sur mon canapé. Athéna arrivait, se mettait sur mes jambes et je la caressais jusqu’à qu’elle en ait marre. Au fur et à mesure ce moment s’est complexifié, en ajoutant d'autres ressources, mais il est toujours présent. Il est primordial encore aujourd’hui. Si je n’ai pas ma séance câlins pour débuter la journée, tout va me demander plus d’effort. 

Ces moments ressources sont propres à chacun et peuvent varier en fonction de votre parcours, de votre état. Je vais vous faire la liste de mes ressources, c’est à titre indicatif pour que peut-être, cela vous inspire. Certaines sont toujours d’actualité, d’autres non, ou juste je les utilise moins. Dans cette recherche de mes moments ressources, le contenu proposé par Sarah ZERBIB, sur son compte Amefauve sur intagram avec la plaisirologie, a été d’une grande aide. Réapprendre à écouter et à entendre ce qui génère du plaisir en nous sans que ce soit connecté à la sexualité est tout aussi important que la sensualité, surtout lorsque vous traversez une épreuve.

Idées de ressources :

  • Colorier, de préférence des mandalas

  • Ecrire : journaling, écriture intuitive, écriture créatrice

  • Marcher en forêt

  • Lire

  • Regarder la mer, l’océan

  • Faire du sport

  • Ranger, faire le ménage 

  • Prendre une douche 

  • Boire une boisson chaude 

  • Câliner un animal 

  • Se faire les ongles 

  • Écouter un podcast 

  • Cohérence cardiaque 

  • Pilate, étirements, yoga 

  • Cirer les chaussures

  • Faire de longs trajets en voiture

  • S’occuper des plantes

 

Pour trouver vos ressources à vous, regardez ce que vous aimez faire, qui vous détend et surtout qui vous donne une sensation de repos. Je n’ai pas mis regarder des séries ou des films car même si j’apprécie ces moments cela ne me repose pas, ça consomme mon énergie au lieu de la regénérer, alors que si je prends un livre, j’ai la sensation d’être bien plus reposée à la fin et plus rapidement. Donc testez, écoutez-vous et surtout amusez-vous. 

 

3 – Se connecter au présent

Là il y a plusieurs façons de le faire. Tous les exercices de méditation, de respiration, de visualisation, qui passe par un encrage du corps sont hyper intéressants. Personnellement j’utilise principalement la cohérence cardiaque, avec des exercices de respiration vus durant mes séances de sophrologie et actuellement de kiné pour l’endométriose. Je combine cela en écoutant quasiment chaque soir des méditations guidées en lien avec l’hypnose afin de m’endormir plus facilement. C’est la routine plutôt pour la fin de journée. 

 

4 – Se laisser du temps

Tout changement, tout apprentissage nécessite du temps, cela ne vient pas du jour au lendemain. Certains jours cela sera plus facile que d’autre, parfois vous n’aurez pas envie, et c’est normal. Soyez bienveillant avec vous, comme vous le seriez avec un ami ou un enfant. Faites progressivement, écoutez vos besoins, ils vont varier au cours du chemin. 

Ce qui était compliqué pour moi c’était justement d’accepter que tout ne pouvait pas être fait immédiatement, que parfois cela nécessite du temps, de décanter. Au début du programme REBONDS j’avais vraiment un besoin, presque viscéral de réponses, de solutions. Je voulais une solution miracle pour aller mieux tout de suite. Dès les premières séances j’ai accepté que c’était une évolution, que les choses allaient se mettre en place progressivement, tel un puzzle. Cela n’a pas été facile. Ainsi pour me contraindre à accepter ce temps nécessaire, je me suis forcée à ne pas finir. Avec des exemples, ça sera plus simple pour expliquer. 

*****

Dans le cadre du programme nous avions des tâches entre les séances. Lorsque nous avons travaillé sur les croyances, la tâche était de voir quelles étaient nos croyances sur nous, les autres et le monde, de voir si elles étaient boostantes ou limitantes et enfin de réfléchir à comment les recycler. Comme vous devez vous en douter,  d’instinct j’avais envie de tout faire d’un coup, sauf que ce comportement aurait alimenté  ce côté absolutiste que je veux travailler. Donc je me suis obligée à le faire par étape. Dans un premier temps j’ai fait la liste de toutes mes croyances. Plusieurs jours après, voire semaines, j’ai cherché à voir si elles étaient limitantes ou non, et déjà si elles étaient toujours toutes d’actualités. Et comment j’avais envie de les faire évoluer ou non. 

Actuellement c’est sur la prise de décision de ce que je fais de mon avenir. Depuis que j’ai repris le travail, que j’ai compris que pour l’instant je n’avais plus envie d’être magistrate, à peu près toutes les trois semaines j’ai une nouvelle envie. Donc je ne prends pas de décision mais juste j’assemble les informations pour les diverses pistes. Ce n’est pas forcément facile mais ça me permet d’appréhender cette idée que chaque chose a son temps et chaque temps a sa chose. 

Certains utilisent la projection ou la visualisation. C’est-à-dire que dans un cahier de manifestation ils vont écrire là où ils veulent être dans X temps. Je n’y arrive pas encore. Si vous utilisez cette technique, partagez vos tips avec nous. 

 

J’espère que cette publication, qui n’a pas tout à fait le même format que mes textes précédents, vous aura plus et vous aidera dans votre quotidien de guérison ou du moins d’évolution. Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous sur ce qui vous aura fait du bien. Accordez vous du temps, mettez le à profit et soyez bienveillant envers vous.

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